"Touche pas! Pas vous ici, vous à la terre ferme pour faire la sous-traitance". Il semble que c'est ce qui se dit dans les hauts lieux pétroliers du Congo. Bon, on n'a pas la possibilité de véirifier tout cela! Mais la vérité c'est que les sociétés congolaises n'arrivent pas à percer dans l'exploitation du pétrole. Il est leur naturellement réservé la sous-traitance dans la fourniture de biottes, de savonnettes et de gâteaux. Certaines petites et moyennes entreprises réussissent se faufiler dans l'offre métallique. Mais très rare. Tout le reste, c'est l'affaire des grandes sociétés, les majeures européennes comme Total E&P Congo et Eni. Malgré les plaintes des patrones congolaises, aucune porte n'est ouverte. Tout reste fermé à double tour, sauf si on veut jouer du touniquet.
Gildas Patrick Pangou, un ancien pétrolier de 56 ans, est le patron de Services Congo pétrole, une société locale qui s’est vu refuser une part d’actions de production pétrolière dans le champ de Mengo. Cette société comptabilise pourtant une vingtaine d’années dans le secteur de pétrole, la sous-traitance notamment. Le dossier déposé au ministère des hydrocarbures n’a pas fait de poids devant les grandes compagnies. « Le ministère nous reproche le manque de capacité de lever les capitaux, puis le manque d’expérience dans la production pétrolière », explique Gildas, déçu.
Serge Rufin Okoko, à la tête d’une petite entreprise congolaise, Afrik Oil, n’a même pas osé déposer sa demande d’exploitation pour le site de Kunji, un champ mature. « Deux de nos collègues ont vu leurs dossiers refoulés. Et à la SNPC (Ndlr, Société nationale des pétroles du Congo) on nous a clairement dit qu’on perdait notre temps », affirme-t-il.
Le cas de ces deux sociétés résume bien la mélancolie des jeunes opérateurs congolais qui veulent se lancer dans le pétrole. Mais, les portes leur sont fermées. « Pas trop costauds pour se jeter dans l’or noir », leur crie-t-on souvent.
D’après le Centre de formalités des entreprises basé à Brazzaville, sur les 5 246 petites entreprises enregistrées au Congo, 35% sont pourtant dans le secteur pétrolier. Mais souvent dans la sous-traitance et la prestation des services. Elles font de la maintenance et de la construction métallique autour des plates-formes pétrolières. Elles fournissent les casques et les chaussures de sécurité. Mais pas dans la production.
Les demandeurs locaux de permis d’exploitation d’hydrocarbures sont souvent des anciens cadres et ingénieurs de pétrole. Un atout qui ne leur permet pas de réaliser le rêve de voir aussi les sociétés locales s’exprimer dans la production du pétrole. « L’industrie pétrolière exige d’importants moyens financiers et ces petites sociétés locales n’en ont pas souvent », explique Jean Jacques Ikama, directeur stratégique à la SNPC.
Même la société nationale, SNPC, qui s’est lancée en 2012 dans la production sur le site oneshore de Mayombe n’a encore rien tiré du sous-sol. L’expertise semble faire défaut, à en croire le nombre de puits déjà forés par tâtonnement. « Encore il faille mettre les puits au bon endroit », reconnait Alfred Charles Sockath directeur général adjoint de la SNPC, chargé de l’amont pétrolier. « Nous sommes entrain de nous essayer aux côtés de grandes compagnies. Nous n’avons pour l’heure qu’une seule exploitation», renchérit Jean Jacques Ikama.
Pour ne pas leur fermer complètement la porte, ces entreprises sont sollicitées par les majores dans le cadre du local content. Pour le gisement de Moho Nord par exemple, le local content va absorber 20% des 10 milliards du coût total de projet. Selon le directeur général de Total E&P Congo, Babak Bagherzadeh, « Total va s’appuyer sur un réseau de PME spécialisées dans la construction métallique et le forage de puits ». Une activité qui va susciter d’importants marchés et créer jusqu’à 2 000 emplois.
Les Banques encore réticentes
Assises sur quelques 700 milliards de francs CFA de surliquidité, les banques congolaises n’accompagnent pas ces PME. Elles ne veulent pas prendre les risques. « Les entreprises doivent comprendre que les banques ne font qu’à leur limite. Une entreprise qui ne fournit pas assez de garantie, je ne vois pas comment financer son projet. Les PME doivent convaincre la banque par des garanties », explique Gervais Bouiti Viaudo, banquier et président de l’Association congolaise de banques.
Selon une étude de la Banque mondiale, 84,2% des financements des PME congolaises proviennent leurs fonds propres. Les banques n’apportent que 3,4% de crédits. « On dit souvent que nous ne présentons pas des projets bancables ou nous ne fournissons pas assez de garantie », dénonce Lucien Adingou, patron d’une PME dans la filiale pétrolière. « Ce ne sont d’ailleurs pas de banques congolaises, mais de filiales de banques étrangères », tempête-t-il dans sa désolation.
Gervais Bouiti-Viaudo explique que les banques congolaises appliquent les taux de 5% qui sont moins compétitifs que les 2,5 ou 3% appliqués en Europe. « Ce qui fait que même les grandes compagnies comme Total ou Eni n’empruntent pas chez nous », déplore-t-il, suggérant par ailleurs que l’Etat devra prévoir les mesures d’accompagnement pour les banques et les PME gagnent dans leurs différentes transactions.