Quand la grande croissance chute, on en parle plus. Oui, l'histoire par laquelle on a juré ces dernières années, notre cheval de combat, arrivé au bout de souffle, personne n'en parle. Pourquoi? La Banque mondiale qui a mis le doigt dans la plaie ne s'est pas souciée du saignement. De 7,3% en 2005, la croissance économique du Congo ne vaut plus que 3% aujourd'hui. Tout s'est effrité avant même que chaque Congolais ait eu sa part.
Au cours d'une conférence de presse en 2011 au siège du ministère des Finances, au centre-ville de Brazzaville, je posais la question au représentant du Fonds monétaire international (FMI) de l'époque, Oscar Melhado, sur une croissance "vide" qui ne retombait pas sur la population, rurale notamment. He bien, le gars du FMI m'envoyait balader dans cette réponse : "Bientôt, vous verrez, c'est juste question de temps. Vous les Congolais vous n'avez pas la patience. Le manioc au marché Total par exemple baissera de prix du fait des routes qui se construisent, et tout le monde pourra bien se retrouver dans cette croissance". Un expert et pas des moindres! Fallait-il croire ou pas à ce que ce grand économique, bougrement payé par l'institution financière internationale, me disait? Une analyse biaisée, ni plus ni moins et qui se révèle irréaliste aujourd'hui!
Et à l'époque, avec tous ces discours bombardés par le FMI (une fois qu'ils ont été gentils avec nous, après la période Beaugrand- si les gens s'en souviennent encore), le Congo aspirait atteindre "une croissance à deux chiffres". C'était dans la bouche de tout le monde. Et comme la Constitution aujourd'hui, ceux qui en parlent le plus, ce sont ceux qui ne l'ont jamais lue! La croissance aussi n'était pas du tout notre dada, c'est comme l'affaire des sondages qui ne nous dit rien!
3,4%, c'est ce qui reste de nos sublimes rêves de croissance à deux chiffres. Et la pauvreté a gravé des échelles inattendues : plus de 74% dans nos villages. Donc tous les parents sont devenus pauvres au village, selon la Banque mondiale. De toute façon, ils étaient comment avant? Ne travaillaient-ils pas à la houe et à la machette chaque jour? Avaient-ils ces fameux tracteurs ou bien les avaient-ils même vus? Pouvaient-ils oser obtenir un petit crédit agricole de 50 000 francs CFA, le Fonds de soutien à l'agriculture, pourtant créer pour aider les petits producteurs, ne servant qu'aux fonctionnaires qui savent rédiger les projets? Ont-ils eu l'audace d'attendre de l'eau courante des robinets de la SNDE? Mais, ils mourront tous de soif si Dieu-Tout Puissant ne leur avait pas indiqué les points d'eau et comment creuser des puits d'eau fraiche et potable!
Les paysans n'ont plus que leurs tubercules, leurs ignames, arachides et autres haricots sans sauce et à peine salés à manger, pour ne pas mourir de faim. En 2003, la Banque mondiale disait déjà que nous étions 70% des pauvres. Aujourd'hui, la même banque parle de 74% des pauvres dans nos zones rurales. A quoi ça ressemble une pauvreté en milieu rural? Sans nul doute à pas d'eau, à pas d'électricité, à pas de pétrole lampant, pas d'école moderne, pas d'agriculture mécanisée, pas de télévision, pas de centres de santé, pas de moyens de transport... Donc comme à l'époque du colon, il y a 54 ans où la vie se limitait dans les villes et les grands centres urbains.
Maintenant où sont-ils les gars qui nous ont bouchés les oreilles avec ces taux de croissance à dormir debout? Dans le débat sur la Constitution, c'est sûr! Pourquoi n'ont-ils pas répondu à la banque, qu'elle mentirait ou ne saurait pas lire les vrais chiffres? Si cette banque est arrivée à pomper quelque 500 millions de dollars dans le développement de nos villes (Peedu), donc ce qu'elle dit n'est pas à rejeter.
A côté, l'endettement vient à petite foulée! En fin 2013, nous étions déjà à 26,6% de dettes, prises par-ci par-là, malgré nos 4 000 milliards de budget, quatre fois plus grand pendant la Transition politique de la guerre de 1997 qui est allée jusqu'en 2002 à l'élection du président Denis Sassou Nguesso. En 2014, d'ailleurs pour ceux qui ne savent pas, le budget du Congo prévoit un endettement de 468 milliards de francs CFA à la Banque mondiale, précisément au guichet de la BIRD. Mais aussi, le même budget 2014 prévoit des grosses sommes d'argent de l'ordre de 182 milliards de francs CFA comme don venant globalement de la Banque mondiale, de l'UE et de la Chine. Le budget a bel et bien été présenté devant les parlementaires par le ministre d'Etat Gilbert Ondongo, et aucun député ou sénateur n'a levé le doigt pour dire NON! Mais, on entend dans la bouche des fins politiciens, "le Congo n'a jamais eu autant d'argent que maintenant". OK!
Le contexte aujourd'hui est fait de misère et de pauvreté, si bien que la solidarité a même disparu dans la société. Ceux qui trouvent mangent seuls, convaincus que demain il y en aura plus! Un jour, nous rapportait un frère du retour d'une journée à la conférence nationale de 1991, mais on ne sait pas si c'est vrai, l'ancien ministre Justin Itihi Lekoundzou Ossetoumba se demandait en lingala : "Njala eloko fini? Esalaka ndenge nini"? Enfin, juste pour rire, mais parfois c'est comme ça!
Depuis un moment, tout le monde se plaint, les hommes d'affaires de El Hadj Abdoulaye Boupaka le tout-puissant chef du patronat congolais, qui demandent à être payés, et ceux du sinistre du 4 mars aussi qui s'ajoutent à la liste. Le tout en termes de milliards. L'Etat est dans promesses sur promesses. Les opérateurs économiques, patrons des entreprises qui mènent des chantiers d'envergure dans le pays sont quasiment asphyxiés, faute d'argent. Dans les départements ministériels, les grincements de dents s'entendent jusque dans les villages, loin des somptueux bureaux climatisés des ministres. Pas d'argent pour finaliser un petit projet d'une école, d'une passerelle ou d'un dispensaire. Heureusement que la municipalisation accélérée est arrivée. "Dès que c'est votre tour, faites le paquet avant le 15 août, la date d'inaugurations diverses, si vous ne voulez pas finir comme Pointe-Noire...avec rien", me disait en mai dernier avec ricanement un officier militaire dans l'avion, en route pour Pointe-Noire justement !!!