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Après la mort du journaliste Germain Ngota Ngota, dont l'enterrement a eu lieu vendredi, le Comité pour la protection des journalistes basé aux Etats Unis a adressé une longue lettre au président camerounais, Paul Biya, lui demendant de relancer de sérieuses enquêtes sur la mort de ce journaliste, mort dans l'une de nombreuses prisons du Cameroun. D'après le CPJ, le journaliste serait mort de tortures administrées par des agents de renseignements, sous l'autorité de la présidence camerounaise. Les autorités savaient-elles que ces maniaques étaient en train d'assassinat un gars en prison ? En tout, pour s'en convaincre, lire attentivement la lettre du CPJ. Vraiment, Biya...

"COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES 330 7th Avenue, 11th Fl., New York, NY 10001 USA Phone: (212) 465-1004 Fax: (212) 465-9568 Web: www.cpj.org E-Mail: info@cpj.org
Le 6 mai 2010
S.E. Paul Biya
Président de la République du Cameroun
Yaoundé, Cameroun
Fax: (237) 22 20 33 06
Cher Monsieur le Président Biya,
Nous sommes préoccupés par les enquêtes apparemment défectueuses et entachées d'ingérence
politique sur la mort en prison le 22 avril dernier du journaliste Germain Cyrille Ngota. Nous
rendons le gouvernement du Cameroun responsable de la mort de M. Ngota et du sort des trois
autres journalistes détenus par votre administration. Nous vous demandons de prendre d’urgentes
mesures qui pourraient sauvegarder l’intégrité de ces enquêtes et apporter de la lumière sur des
allégations de torture de journalistes par des agents de renseignement sous l’autorité de la présidence
camerounaise.
Monsieur le Président, le 26 avril dernier, nous avons salué un communiqué du gouvernement
affirmant que « dans un souci d'objectivité et d'impartialité, le Président de la République a voulu
confier cette affaire à un organe indépendant de l’Exécutif et des parties, à savoir le pouvoir
judiciaire, en vue de l’établissement de la vérité ».
Toutefois, la même déclaration a affirmé que le cas de M. Ngota « ne pose pas un problème de
restriction de la liberté de la presse, mais plutôt de soumission de tous les citoyens à la légalité
républicaine ». En fait, M. Ngota avait déjà fait l’objet d’une arrestation arbitraire le 4 février dernier
lorsque des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) du Cameroun l’on prit
chez lui alors qu'il recevait des soins médicaux à domicile pour hypertension artérielle. M. Ngota a
été détenu avec trois autres journalistes qui enquêtaient sur un document impliquant le ministre
d’État secrétaire général de la présidence du Cameroun et président du conseil d’administration de la
Société nationale des hydrocarbures (SNH), Laurent Esso, dans une présumée affaire de corruption.
Votre administration n'a toujours pas engage sa responsabilité par rapport à des allégations selon
lesquelles des agents de la DGRE ont recouru à la torture psychologique et physique pour forcer les
journalistes à révéler leurs sources pour le document en question.
La déclaration du gouvernement a également soutenu que M. Ngota est décédé des suites d’un
mauvais état de santé et non en raison d’une mauvaise prise en charge médicale à la prison de
Nkondengui. Toutefois, dans une interview avec l’hebdomadaire La Météo, la mère de M. Ngota,
Georgette Edima Ngoulou, a déclaré son fils s'était plaint des conditions de détention et avait
demande une évacuation médicale. Elle a cité son fils disant qu’il dormait à même le sol dans une
salle étroite et surpeuplée et sans abri contre la pluie. Ngota aurait confié à sa mère qu’il était
souvent piétiné pendant qu’il dormait. La mère du journaliste a également affirmé que le régisseur de
la prison avait « catégoriquement rejeté » une demande écrite pour son évacuation sanitaire qui, ditelle,
avait été pourtant approuvée par le médecin de la prison.
En outre, nous sommes indignés par la révélation par le ministre camerounais de la Communication
de la sérologie de M. Ngota sur les ondes des médias nationaux le 28 avril dernier. Le ministre a
déclaré que M. Ngota était séropositif et qu’il est décédé des suites d’infections opportunistes liées
au VIH. Cette affirmation a été réfutée par la veuve du défunt journaliste. Des associations de lutte
contre le SIDA et l’Ordre nationale des médecins du Cameroun ont condamné l’annonce du statut
sérologique de M. Ngota, exprimant ainsi leurs inquiétudes que cette divulgation viole le droit à la
vie privée, le secret médical, et les principes de l'ONUSIDA sur la confidentialité et la sécurité des
informations sur le VIH-SIDA. La déclaration du ministre est fondée sur une autopsie du corps de
M. Ngota que le ministre a dit avoir effectué « en présence de personnalités indépendantes et de sa
famille », selon l’Agence France-Presse. Cependant, le frère cadet du défunt journaliste, et Félix
Cyriaque Ebolé Bola, un journaliste local qui aurait été invité par le ministre pour représenter la
presse indépendante à l'autopsie, ont affirmé qu’ils n'ont pas assisté à cette autopsie, selon les
médias.
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2
Monsieur le Président, vous avez chargé le pouvoir judiciaire camerounais d’enquêter de manière indépendante sur cette
affaire. Cependant, nous craignons que l'intégrité de cette enquête ne soit déjà compromise par une série d'affirmations de
votre administration qui sont en contradiction avec les déclarations formulées par la famille et les amis de M. Ngota. Dans un
souci de transparence et pour la sauvegarde de l'intégrité de toute enquête judiciaire, nous vous exhortons à répondre à ces
préoccupations. Nous vous exhortons encore une fois à faire la lumière sur les allégations selon lesquelles des agents de
renseignement de la DGRE ont recouru à la torture physique et psychologique pour forcer quatre journalistes à révéler leurs
sources pour le document qui est à la base de leurs arrestations. Enfin, nous vous demandons de libérer tous les journalistes
détenus dans les prisons camerounaises et d’initier la dépénalisation des délits de presse.
Merci de l’attention que vous prêtez à ces questions très importantes. Nous attendons votre réponse.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués.
Joël Simon
Directeur Exécutif
CC:
S.E. Bienvenue Joseph Charles Foe Atangana, Ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis
L’Hon. Jean-Jacques Ekindi, Membre de l'Assemblée Nationale du Cameroun
S.E. Bruno Gain, Ambassadeur de France au Cameroun
S.E. Raul Mateus Paula, Chef de la Délégation de l'Union Européenne au Cameroun
S.E. Janet Garvey, Ambassadeur des États-Unis au Cameroun
Ekue G. Kpodar, Représentant du Fonds Monétaire International au Cameroun
Benoît Sossou, Représentant de l'UNESCO au Cameroun
Faith Pansy Tlakula, Rapporteur Spécial Commission Africaine sur la Liberté d'Expression
Michael Posner, Secrétaire d'Etat adjoint américain aux droits de l'homme
Johnnie Carson, Secrétaire d'Etat adjoint américain aux Affaires africaines
Michelle Gavin, Directrice des Affaires africaines du Conseil de Sécurité Nationale des États-Unis
L’Hon. Russ Feingold, Membre de la Sous-Commission Sénatoriale sur les Affaires Africaines
L’Hon. Richard Durbin, Chargé Adjoint de la Majorité du Sénat des Etats-Unis
Freedom House
Mary Barton Dock, Directrice des Opérations de la Banque Mondiale au Cameroun
Manfred Nowak, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la Torture
Comité des Nations Unies Contre la Torture
Fédération Internationale des Droits de l'Homme
Fédération Internationale des Journalistes
Journalistes Canadiens pour la Liberté d'Expression"

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Tag(s) : #Droits Humains
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