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Les deux, chefs d'Etat en fonction dans une Afrique martyrisée et scandalisée avec des élections bizarres, des guerres et des coups d'état interminables, Mamadou Tandja au Niger et Robert Mugabe au Zimbabwe, n'écoutent plus personne (sinon leur douce voix intérieure) et ne font qu'à leur tête. Ils se sont donnés le goût du pouvoir, et en salivent terriblement qu'ils ne sont pas prêts à céder le fauteil pour n'importe quoi au monde.

Mis en garde et plusieurs fois rappelé à l'ordre par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), le président nigérien, Tanja Mamadou, qui s'est déjà ajouté trois ans de pouvoir à la suite d'un référandum constitutionnel à la camouflée, a choisi son camp. Il est passé outre les recommandations de la communauté internationale, notamment la CEDAO qui lui demandait de surseoir ses fameuses élections législatives, jusqu'au retour à la légalité constitutionnelle.

Mais, il est allé droit au but, orgaisant un scrutin où les électeurs étaient fouillés à la toche. Certainement que ces derniers n'ont pas  eu les 2.000F CFa pour aller vite vite glisser le bulletin dans l'urne. Mais, bon, ce qui compte c'est qu'il y a eu élections.

Mugabe lui, il a déjà plusieurs fois défié les puissances occidentales, il a déjà fait arrêter et battre son plus redoutable opposant, et maintenant, il tient les conseils de ministres sans cet opposant, son Premier ministre, nommé contre sa volonté de regner sans partage, par les présidents de la communauté économique et de développement de l'Afrique australe (SADC). On se souvient encore de ce qu'il disait à Tony Blair, alors Premier ministre de l'Angleterre : "Keep your Angland et let me my Zimbabe".

Tanja lui, ex-colonel de l'armée nigérienne est arrivé au pouvoir en 1999 après plusieurs échecs. La Constitution adoptée la même année prévoyait pour le Président un maximum de deux mandats. Trop peu, a finalement estimé l’ancien colonel, qui a entrepris, début 2009, des démarches pour modifier la loi fondamentale.

En mai, le gouvernement annonça que le président Tandja allait organiser une consultation populaire en vue de faire adopter une nouvelle Constitution afin de transformer le régime semi-présidentiel en vigueur en régime présidentiel et autoriser un troisième mandat.


Selon le Président, qui avait plusieurs fois promis de se retirer le 22 décembre, comme prévu, c’est "le peuple" qui lui demanderait de rester à la tête de l’Etat. En outre, il "doit" rester en poste pour superviser des projets d’infrastructures pour son pays, un des plus pauvres du monde: Niamey a passé, ces derniers mois, des accords avec l’entreprise française Areva pour un investissement de 1,2 milliard d’euros dans le gisement d’uranium d’Imouraren - le plus important d’Afrique - qui produira à partir de 2012, et avec une entreprise chinoise, China National Petroleum, pour un contrat d’exploitation pétrolière de 3,3 milliards d’euros.


L’opposition, mais aussi les principaux partis alliés du chef de l’Etat, avaient dénoncé le projet, interdit par la Constitution, assimilé à "un coup de force", et 20 000 personnes avaient manifesté à Niamey. La Cedeao avait également désavoué ce projet parce qu’il était "en contradiction avec les textes" de l’organisation régionale, qui interdisent toute modification de Constitution dans un Etat membre dans les six mois précédant des élections.

Comme on pouvait s’y attendre, le 25 mai, la Cour constitutionnelle avait délaré le projet de référendum non constitutionnel. Le lendemain, le président Tandja passait à l’attaque.


D’abord, il dissout le parlement afin de l’empêcher de le poursuivre pour haute trahison. En juin, la Commission électorale indépendante refusait d’organiser le référendum. Quelques jours plus tard, le Conseil de la République niait au chef de l’Etat le droit de légiférrer par ordonnances qu’il lui réclamait. Qu’à cela ne tienne: l’ex-colonel passa outre, s’octroyant les "pouvoirs exceptionnels" prévus par l’article 53 de la Constitution lorsque "l’indépendance de la République est menacée" et qui lui permettent de gouverner par décret.


Enfin, le 29 juin, le président Tandja dissolvait la Cour constitutionnelle après qu’elle a, pour la troisième fois, refusé d’accepter le projet de référendum, et remplaçait ses membres par des proches.


Alors que l’Union européenne bloquait des fonds destinés au Niger au titre de l’aide au développement, en manière d’avertissement, le vieux Président s’obstinait et tenait, le 4 août, son référendum illégal. Officiellement, le "oui" au changement constitutionnel l’emportait à quelque 90 %, avec un taux de participation "entre 40 et 90 %" - chiffre que contredisait l’atmosphère de ville morte alors observée à Niamey. Selon l’opposition, seulement "5 % des électeurs" se rendirent aux urnes.


Seul le président Tandja et ses proches alliés considèrent aujourd’hui comme légale la prolongation de son mandat de 5 à 8 ans et la possibilité de se présenter à un nouveau scrutin présidentiel fin 2012.


Tag(s) : #International
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