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BrazzaPLUS

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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Roger Bouka : Ne touchez pas à la constitution !

Publié par Arsène SEVERIN sur 6 Mai 2010, 16:01pm

Catégories : #Politique

Roger-Bouka-Owoko.jpgDans une interview exclusive, le directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), Roger Bouka Owoko a mis en garde contre un éventuel tripatouillage de la constitution congolaise pour permettre au président de la République de rester Sese Seko, avec des mandats illimités. Pour Bouka Owoko, qui vient d'être élu secrétaire général Zone Afrique de la Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme (FIDH) a ensuite fustigé des magistrats congolais qui se contentent de prendre l'argent de la puissance politique et bafouiller le droit au moment où le peuple a vivement besoin de leur engagement.  Abordant la situation politique du Congo, Bouka Owoko, ne va pas par quatre chemins lorsqu’il déclare que « le lot quotidien des Congolais est fait d’arrestations et de détentions arbitraires et illégales, d’actes de torture, de menaces  et de harcèlement à l’encontre des opposants politiques, des militants des droits de l’Homme, etc. »

 

 Vous venez d’être désigné Secrétaire général de la FIDH lors 37ème Congrès de cette organisation internationale tenue du 6 au 10 Erevan en Arménie. Comment cela s’est-il passé ?

 

 D’abord je voudrais souligner que j’ai été élu et non désigné, car la fonction de Secrétaire général est politique et au sein de notre Fédération, toutes les fonctions politiques sont électives. Ensuite, il est important de noter que c’est une fois chaque quatre ans que la FIDH tient son congrès ordinaire. Et celui-ci, le 37ème depuis la création de cette organisation internationale en 1922 a eu lieu dans la capitale arménienne. Pour répondre directement à votre question, c’est au cours de l’élection qui est organisée juste avant la clôture du Congrès que les candidats déclarés trois mois avant se présentent au suffrage des électeurs qui ne sont autre que les organisations affilées.

 

Quelles sont vos ambitions à ce poste, notamment pour l’Afrique et le Congo ?

 

 En tant que Secrétaire général pour l’Afrique, je fais partie du Bureau exécutif de la FIDH et  ne travaillerai pas pour le Congo comme tel. La FIDH compte 5 régions dont la région Afrique. Pour l’Afrique, comme vous le savez, nous avons beaucoup de défis : violations massives des droits de l’Homme, viols, violences et discriminations diverses à l’égard des femmes, menaces et harcèlements à l’encontre des défenseurs de droits de l’homme,  changements des constituions et élections truquées, etc. Sur ce dernier point, l’OCDH a proposé avant le Congrès une résolution à propos qui a été à juste titre adoptée.

 

Justement, au cours de cette grande rencontre de la FIDH , vous avez fait adopter une résolution sur la révision abusive des constitutions en Afrique. Que redoutez-vous dans le cas du Congo ?

 

Lorsque nous faisant un panorama rapide de la situation de la démocratie en RogerAfrique, nous constatons, malheureusement aujourd’hui une véritable reculade de la démocratie. Coups d’Etat par ci, modifications des constitutions par là, élections truquées au finish. Devant de cette situation, sans être pessimiste, nous pensons qu’il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Il est politiquement, socialement et intellectuellement inadmissible que les constitutions en Afrique, pour la plupart taillées sur mesure, soient d’éternels brouillons. Pour le cas du Congo, nous savons que le président de la République est un homme d’honneur et ne se livrera pas au jeu mesquin du tripatouillage de notre loi suprême. D’ailleurs, il a déjà eu l’occasion de le dire dans un hebdomadaire de l’actualité africaine paraissant à Paris (jeune Afrique pour ne pas le nommer), qu’il « ne changera pas de constitution pour se maintenir au pouvoir ». De toutes les façons, la forme républicaine de l’Etat, le nombre de mandats du président de la république ne peuvent être changés. Le faire, c’est simplement de la haute trahison. La conséquence est sans appel : le chef de l’Etat doit être traduit devant la Haute cour de justice. Et nous ne sommes pas sûrs que les Congolais accepteront ce coup d’Etat…

 

…Comment ça un coup d’Etat ?

 

 Eh oui, c’est un coup d’Etat. Vous devriez le savoir qu’il y a trois types de coups d’Etat : coup d’Etat institutionnel (renversement des institutions), coup d’Etat électoral (fraude massive, publication de faux résultats et hold hop électoral) et coup d’Etat constitutionnel.

 

Et comment entendez-vous concilier votre travail à l’OCDH et votre nouvelle fonction au sein du Bureau exécutif de la FIDH.

 

 Il n’y a aucun souci. Les nouvelles fonctions m’obligent à être présent dans les activités en Afrique et aux réunions, en principe mensuelles de ce cette instance politique.

 

 En 2012, le Congo organise les élections législatives. Si celles de 2007 ont été décriées, quelle pourrait être votre contribution dans l’amélioration des votes de 2012 ?

 

 En 2007, nous avons qualifié ces élections de chaos électoral où il  y a eu des nominations administratives dans des circonscriptions électives. Tout le monde a été unanime, y compris les observateurs de l’Union africaine, habitués à la langue de bois. Ce qui est écoeurant c’est que personne n’a été puni, mieux certaines personnes ont été promues. C’est la consécration de l’impunité. Les élections qui ont suivi, ont connu des fraudes massives (locales et municipales et présidentielle). Pourtant, aujourd’hui, le gouvernement a, pour l’horizon 2012, le temps de demander l’assistance technique des Nations unies et l’observation électorale de la Commission européenne pour améliorer ce processus électoral, notamment en ce qui concerne  le fichier électoral et la gestion d’une instance indépendante pour la mise en œuvre des opérations électorales. La société civile travaillera pour la formation des acteurs  et l’éducation civique des populations. Mais elle a aussi besoin de formation.

 

Vous êtes directeur exécutif de l’OCDH, à ce titre quel état lieu pouvez-vous faire de la situation globale des droits de l’Homme au Congo ?

 

Bouka Owoko, Directeur exécuitif OCDHLorsque nous ferons le bilan des 50 ans d’indépendance, nous avons aussi le devoir de faire un état des lieux de la situation des droits de l’Homme au Congo depuis 1960. Il est hallucinant  de savoir que le plus grand nombre de la  population congolaise vit dans la précarité. Les droits les plus élémentaires, eau, électricité, accès à la santé, à l’éducation aux biens sociaux de base, etc. Le lot quotidien des Congolais est fait d’arrestations et de détentions arbitraires et illégales, d’actes de torture, de menaces  et de harcèlement à l’encontre des opposants politiques, des militants des droits de l’Homme, etc. Ce qui est plus alarmant, c’est d’abord la consécration de l’impunité et de la corruption comme modes  de gestion de la chose publique. Ces deux fléaux ne permettent la jouissance des droits et libertés fondamentaux. Ensuite, nous avons une administration de la justice qui devait pourtant être la colonne vertébrale de l’Etat de droit se révèle comme un simple service de l’exécutif, sans pouvoir réel. Avec des magistrats peureux, incapables de dire le droit. En somme, il est difficile d’admettre que 50 ans après, nous ne produisons pas ce que nous mangeons ; nous n’avons pas d’université ou d’école d’élite, de routes et surtout d’hôpitaux et que nos gouvernants continuent de se faire soigner et mourir en Europe et elles ont le courage de nous dire qu’elles travaillent bien dans leurs pays. C’est simplement honteux, à Brazzaville, les enfants dans les écoles sont assis à même le sol.

 

Les citoyens congolais se plaignent de plus en plus de mauvaises conditions de vie à tous les niveaux. L’OCDH a-t-il le devoir d’interpeller le gouvernement sur des questions essentielles d’accès aux biens sociaux de base. Si oui, que faites-vous ?

 

 Bien sur que oui. Notre source de légitimité réside dans le fait que nous défendons et protégeons les droits des populations qui ne pas de voix au chapitre. Nous sommes la voix des sans voix. Le Congo a ratifié et incorporé dans sa constitution le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. C’est un  débat est inutile. Nous ne travaillons que sur la base de la loi. La loi est un fait politique.

 

Vous avez publié une note de position sur la situation des libertés politiques dans le pays, estimez-vous avoir été entendus, et que les années prochaines pouvoir et opposition cohabiteront dans la gestion des affaires du pays ?

 

Nous avons l’obligation d’action et non de décision. Lorsque, nos recommandations ne sont pas prises en compte, nous avons des moyens de pression. C’est cela aussi la démocratie : un débat d’idées en permanence. Et non, l’injure et la dérobade tel que le  gouvernement le fait souvent à notre endroit. Nous avons toujours souhaité un débat de droit. Le gouvernement devrait plutôt gagner en travaillant avec l’opposition au lieu de livrer au harcèlement judiciaire pour des infractions pénales insensées. Sinon comment pouvez accuser des opposants de complicité de port d’armes, sans que cette même justice ne désigne ou ne montre qui détient les fameuses armes. Vous avez des magistrats qui emprisonnent des diplomates en poste malgré le passeport diplomatiques. Non, je pense que le gouvernement a mieux à faire pour le bien être des Congolais qui vivent leur carma au quotidien et en silence, alors l’argent public est dilapidé à ciel ouvert.

 

Le retour de l’OCDH à la Commission nationale des droits de l’Homme est-il possible ?

 

Nommés par décret du chef de l’Etat en août 2003, nous sommes partis de la Commission nationale des droits en juin de l’année 2005, pour des raisons de léthargie et de  manque de volonté politique des animateurs de l’époque de cette institution constitutionnelle. Depuis la relance des activités avec l’arrivée de maître Jean Martin Mbemba à la tête de la Commission , nous avons été sollicités et on est revenu sur notre décision de manière informelle depuis février dernier. Mais, le Conseil d’administration de l’OCDH réuni dernièrement à Brazzaville a examiné la question et a pris une résolution pour confirmer notre démission.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SEVERIN NEWS

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