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BrazzaPLUS

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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Paul Marie Pouele et son "Sauvons le Congo" critiquent Mbata ya bakolo!

Publié par Arsène SEVERIN sur 14 Mai 2014, 16:34pm

Catégories : #Politique

paul-marie-mpouele-nov2013-1.JPGDès sa sortie officielle le 13 mai au cercle Sony Labou Tansi de Bacongo à Brazzaville, la plate-forme "Sauvons le Congo" s'est attaquée à l'opération Mbata ya Bakolo que mène la police congolaise depuis plus d'un mois pour assainir le climat sécuritaire dans la capitale, dans un premier temps. Pour ces jeunes opposants, conduits par le jeune politicien Paul Marie Pouele, déjà arrêté pour ses opinions, dénoncent l'exécution de l'opération qui, d'après eux, est illégale au regard de la Constitution du 20 janvier 2002, et émaillée de beaucoup de violences. 

Des signes non anondins au cours de cette sortie officielle, des membres de la société civile de la République démocratique du Congo (RDC), ainsi que certains opposants kinois dans l'assistance. On a également noté la présence de certains politiciens congolais, notamment le professeur Marion Ehango Manzimba, très critique sur les réseaux sociaux face à la gouvernance actuelle. Et tous les jeunes qui sont venus les applaudire. La plate-forme a également évoqué d'autres questions, concernant la vie nationale. SEVERIN NEWS se fera le devoir de publier tranquillement toutes ces réflexions qui participent au débat national. 

Pour le moment, voici en intégralité, le document que la plate-forme a publié, appellant à un "Etat de droit au Congo" : 

 

I– INTRODUCTION

Un homme politique africain, au cours d’une Rencontre internationale organisée  à Brazzaville le  23 juillet 2013, avait insisté fortement sur «l’importance de la démocratie et de l’État de droit dans un pays », caractères qui sont, selon lui, « déterminants pour accompagner la croissance par l’investissement ».

 

Qu’est-ce donc  l’État de droit ?

Selon la doctrine généralement admise, 

dans « l’État de droit », la puissance publique ne peut agir que sur la base et dans les limites des règles qui s’imposent aussi à elle ; en ce sens que, l’Etat, qui est souverain, doit cependant accepter une forme d’autolimitation, en se soumettant de lui-même aux règles de droit qu’il produit »

Dans un pays, un document de base, appelé « LOI FONDAMENTALE », édicte les règles fondamentales de droit qui servent de  boussole dans toute activité de la puissance publique et des citoyens. Chez nous, c’est, depuis 2002, la Constitution du 20 janvier.

Il y a par ailleurs les Conventions et les Traités internationaux dûment ratifiés par le Congo qui guident aussi nos pas

Restons sur la Constitution en vigueur. Une disposition concentre à elle seule l’essentiel des principes fondamentaux déclarés intangibles. C’est l’article 185 ainsi conçu :

 

              « Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’ ‘il est

               porté atteinte à l’intégrité du territoire.

              La forme républicaine, le caractère laïc de l’Etat, le nombre de mandats du                             Président de la République, ainsi que les droits énoncés aux titres I et II ne                  peuvent faire l’objet de révision ».

 

Il y a donc dans la Constitution de 2002, des principes intangibles,  immuables, c’est-à-dire, ceux, dit le dictionnaire Robert, qu’ « on ne doit pas toucher ; que l’on doit maintenir intacts,  qui sont inviolables,  même sacrés ». 

La Plateforme Citoyenne SAUVONS LE CONGO a analysé les dispositions intangibles de la Constitution ayant trait : à l’intégrité du territoire, à la forme républicaine et au caractère laïc de l’Etat,  ainsi qu’à celles concernant le nombre de mandats présidentiels.

Nous l’avons fait également s’agissant de l’intangibilité des dispositions traitant des droits fondamentaux énoncés aux titres I et II de la Constitution, principalement le suffrage universel, le droit à la vie, l’égalité devant la loi, l’égalité homme-femme, l’inviolabilité de la personne humaine et l’interdiction absolue des actes de tortures, ainsi que la conduite des opérations dans le respect de la loi.

De même, nous avons traité des crimes contre l’humanité, imprescriptibles dit la Constitution, du droit à la libre circulation des citoyens, du droit à la juste et préalable indemnisation en cas d’expropriation pour cause d’utilité publique, du droit à la libre expression des opinions, de la liberté de la presse, du droit de se réunir, de manifester librement et du droit de grève.

Les domaines sociaux et économiques tels que traités dans le titre II de la Constitution ont aussi retenu notre attention. Nous avons ainsi traité du droit à l’éducation, du droit à la santé, du droit à l’emploi et du droit au travail.

La qualité de la vie, à travers un « environnement sain, satisfaisant et durable » comme dit l’article 35 de la Constitution et qui comprend principalement le devoir pour l’Etat, de procéder à une fourniture satisfaisante de l’eau, de l’électricité, des éléments de la culture et de l’écologie, a été aussi traitée.

Les dispositions intangibles sur la pollution de tout genre ont été également examinées, comme l’ont été, celles ayant trait, à tout accord ou convention « qui a pour conséquence directe de priver la Nation de tout ou partie de ses propres moyens d’existence tirés de ses ressources ou de ses richesses naturelles ».

Enfin, ont été traitées les dernières dispositions intangibles consignées dans l’article 42 concernant la situation des étrangers au Congo.

Toutes ces analyses sont contenues dans notre Manifeste portant sur les dispositions intangibles de l’article 185 de la Constitution de 2002.

Mais, pour l’heure et présentement, nous allons vous présenter des extraits de ce Manifeste qui dégagent notre position sur les questions brûlantes du moment, à savoir : les dispositions intangibles de l’article 42, de l’article 38 et sur la laïcité de l’Etat, avec un traitement spécial réservé au Recensement Administratif Spécial de 2013 – 2014 et au débat autour des questions portant sur la Révision des dispositions intangibles ou sur le Changement de la Constitution  de 2002.

 

 

LES DISPOSITIONS INTANGIBLES A L’ARTICLE 42 DE LA CONSTITUTION : LA SITUATION DES ETRANGERS AU CONGO EST CONSTITUTIONNNELLEMENT ENCADREE.

 

Article 42 :« Les étrangers bénéficient, sur le territoire de la République du Congo,                     des mêmes droits et libertés que les nationaux dans les conditions                                déterminées par les traités et les lois, sous réserve de réciprocité ».

 

De son passé de capitale des pays de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) où les fonctionnaires y terminaient leur carrière, des liens séculaires et millénaires qu’il entretenait avec la République Démocratique du Congo, ancienne Zaïre, grâce à la   parenté ethnique, géographique et linguistique, de diverses potentialités économiques, sociales et commerciales qu’il offre aux commerçants, hommes d’affaires et autres étrangers, Brazzaville attire du monde et est considérée comme une terre d’accueil habitée par un peuple  hospitalier, jusqu’à ce que l’on assiste, ces dernières semaines à des agissements qui à l’évidence, portent atteinte aux droits de l’homme .

 

Qu’en est-il exactement ?

 

Tout a commencé par l’opération dénommée « MBATA YA BA KOLO » qui signifie littéralement, «  la gifle des ainés », lancée en avril 2014 par la Direction Générale de la Police, pour lutter, officiellement, contre le phénomène « Kuluna » «  afin de  traquer les bandits de grand chemin qui sèment la terreur dans les différents quartiers de Brazzaville », principalement dans les quartiers périphériques des arrondissements 6 Talangaï  et 9 Djiri, causant des braquages, des viols, des vols, des meurtres,

 

En fait, cette opération est tout simplement une opération  « coup de poing », suite au ral bol engendré par les actes répétés d’agression et d’assassinats à l’endroit de paisibles citoyens.

 

 Ainsi par exemple, à Talangaï, au quartier Mikalou, un braquage, commis par sept malfrats, s’est soldé par le viol et l’assassinat d’une jeune femme de ménage à son lieu de travail, créant une psychose au sein de la population environnante, laquelle, excédée, avait réclamé, lors de la reconstitution des faits par la police, les têtes des assassins  en lançant : « trop, c’est trop, il faut les tuer, eux aussi ».

 

Toujours à Talangaï, au quartier NGAMAKOSSO, une femme âgée, de retour du marché de nuit  où elle était partie chercher de quoi manger, a été agressée par un groupe de malfrats armés de couteaux qui lui intima l’ordre de leur remettre l’argent en sa possession, sinon , ils la tueraient. La venue de jeunes gens à sa rescousse, a permis à cette femme d’échapper aux griffes des malfrats, lesquels, pour se venger, ont criblé de coups de couteaux un citoyen de passage, sergent- chef de la Force publique qui est décédé des suites de ses blessures.

 

Cette situation a provoqué la colère de la foule présente en ces lieux qui, après avoir neutralisé deux malfrats, a fini par les tuer. Les deux autres ont  réussi à prendre la

fuite.

 

Aujourd’hui à Djiri, au quartier MAKABANDILOU, les habitants s’empressent de regagner leur domicile avant la tombée de la nuit, au plus tard avant 18 heures, de peur de se  retrouver nez à nez avec ces bandits postés à des endroits stratégiques en guise de guet pour perpétrer des guets-apens.

 

C’est dans ce contexte que se réalise l’opération de police en cours

 

Il faut signaler que l’opération « MBATA YA BAKOLO » fait suite à l’opération « LIKOFI » déclenchée en novembre 2013 par  la police nationale de la RDC dans le but d’éradiquer le banditisme perpétré par les « Kuluna » qui sont des groupes d’adolescents et des jeunes kinois oisifs et dévergondés, armés de couteaux et qui agressent les paisibles citoyens dans les marchés et les rues, de jour comme de nuit, pour leur ravir leur biens (téléphones portables, portefeuilles, bijoux etc.).

 

Lors de cette opération, certains des bandits ont été arrêtés et punis, d’autres par contre ont réussi à s’enfuir et se sont retrouvés au Congo Brazzaville où ils avaient repris leurs basses besognes de criminels.

 

Ces deux opérations «LIKOFI ET MBATA YA BAKOLO» avaient fait l’objet d’une décision concertée de remise de police à police des présumés criminels et ressortissants des deux rives.

 

Mais l’opération du Congo Brazzaville a connu d’importants ratés du fait du comportement déviant de la police nationale, qui arrête aussi bien des bandits que des citoyens étrangers en situation irrégulière et même régulière.

 

Ainsi l’opération « MBATA YA BAKOLO » qui n’était qu’une opération de sécurisation par la traque des bandits, s’est transformée plutôt en une opération de lutte contre l’immigration  clandestine suivie de la reconduite à la frontière de très nombreux  congolais de la RDC, même en situation régulière au Congo Brazzaville.

 

Environ 80 000 ressortissants  de la RDC ont été  reconduits aux frontières.

Les bandits comme les honnêtes citoyens  RDC arrêtés ont subi des actes inhumains et dégradants - constats observés au niveau du commissariat central.

 

Ces actes sont de véritables atteintes aux droits de l’homme avec tout le cortège de sévices et d’humiliations, à savoir : chicottes, violences avec blessures, tortures, viols surtout de jeunes filles, meurtres, pillages de biens matériels et soustraction de sommes d’argent, des destructions d’habitations de fortune souvent à loyer modéré qui abritaient ces « refugiés » RDC.

 

Voilà  que, pris de panique, de milliers de citoyens de la RDC ont préféré se refugier à leur Ambassade pour y être en sécurité. Informé de tous ces faits, l’Ambassadeur de la RDC au Congo Brazzaville a réagi et demandé aux autorités de la police congolaise, « de mener l’opération « MBATA YA BAKOLO » dans la dignité et de ne traquer que les bandits et non les innocents ».

 

Il a ajouté :

«s’il s’agit d’expulser les ressortissants de la RDC, cela doit se faire suivant les règles de la procédure, et en toute dignité ».

Il a poursuivi en disant :

«Ce qui se passe ici ne cadre pas avec les relations de fraternité, de parenté et d’amitié qui existent entre nos deux pays et nos deux peuples ». Bien évidemment, il a dénoncé « les perquisitions policières faites tard la nuit aux domiciles de ses concitoyens « en violant, pillant, tuant, torturant de paisibles citoyens ».

 

D’ailleurs, suite au mot d’ordre lancé par les autorités de police de Brazzaville de dénoncer à la police les lieux où sont logés les ressortissants de la RDC, la panique générale s’est installée. Ces derniers (hommes, femmes, enfants) ont préféré plier bagages pour enfin quitter le Congo-Brazza.

Nombreux se sont retrouvés à leur Ambassade ou au Beach de Brazzaville en plein air et s’y entassent. Ce qui a crée un spectacle de désolation où ils subissent les affres des intempéries (pluies, soleil), voire même sont confrontés à la faim, eux qui savaient appliquer le système D, puisqu’ils ne peuvent pas se mouvoir.  Il y a même eu des naissances au Beach de Brazzaville dans ces conditions !

 

Les témoignages télévisuels, radiodiffusés ou relayés par les journaux ou simplement obtenus par les expulsés, ou encore observés par des passants ou des badauds, ont fait état de divers traitements inhumains subis par les reconduits aux frontières ; d’autres ont vu leurs papiers d’identité déchirés par ceux qui les contrôlaient, d’autres encore, malgré le fait de détenir de documents légaux requis, ont même été priés de regagner leur terre natale. Ce qui confirme que sur de nombreux points l’opération « MBATA YA BA KOLO » ne répond pas aux normes édictées à l’article 42 de la Constitution.

 

Par ailleurs l’article 12 de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples est clair. Il y est écrit :

« L’expulsion collective d’étrangers est interdite. L’expulsion collective est celle qui vise globalement des groupes nationaux, raciaux, ethniques ou religieux »

D’autant qu’en l’espèce, les deux pays appartiennent en outre dans des ensembles régionaux, la CEEAC et la CIPGL – qui réglementent convenablement les questions en débat.

Si les autorités de la RDC n’ont pas pris les mêmes mesures à l’endroit des ressortissants de Brazzaville, n’empêche qu’un millier d’étudiants et stagiaires congolais de Brazzaville a décidé de faire retour au pays, de peur des représailles, alors qu’ils poursuivaient leurs études dans certaines filières qui n’existent pas à l’Université de Brazzaville.

Pour une affaire de sécurité, des liens séculaires et millénaires sont mis à mal. Certains liens de sang, de parenté, de mariages croisés sont bousculés comme à la contamination de rage. Que se passe t-il réellement ? Mais que visent nos autorités ?

 

Joseph KABASSELE, fervent amoureux de la brazzavilloise SAFOUESSE qu’il a immortalisée dans le tube d’une beauté rare « PARAFIFI », Rocheleau TABU LEY qui a chanté son amour fou pour la brazzavilloise DJIBEBEKE, LUAMBO MAKIADI dit Franco, qui a prié le ciel à haute voix, dans l’éternel « KENGUE, Okéyi élaka té ? » pour que  la brazzavilloise Majos fasse revivre leur amour, NDOMBE OPETUM, dans un des meilleurs tubes de 1969, qui a brossé, avec un talent parvenu au sommet de l’art, sa passion pour la brazzavilloise Hortense, et bien d’autres illustres disparus, doivent se retourner dans leur tombe en apprenant ce qui se passe aujourd’hui ici.

 

Précisément Joseph KABASSELE, en parlant du fleuve Congo, a chanté ; « Ebalé ya Congo, ezali lopango té, ezali se nzela » : le fleuve Congo n’est pas une parcelle clôturée, ni une frontière hermétique, mais une route, un lieu de passage qui permet la rencontre des habitants des deux Congo, des deux capitales les plus rapprochées du monde,  qui étaient hier encore, c'est-à-dire avant la période coloniale,  unies sous la bannière des mêmes ancêtres.

 

Franklin BOUKAKA pour sa part, avec « Pont sur le Congo », a brossé lui aussi l’unité des deux peuples.

 

Le grand homme de lettres congolais, Alain MAMBACKOU, depuis les Etats-Unis, ne  pense pas autrement, quand il dit à propos de l’opération « MBATA YA BAKOLO » :

 « c’est une honte et une aberration de constater que le Congo-Brazzaville (mon   pays d’origine) procède à des expulsions des citoyens de la R.D.C. (…)     

           Je formule à ces frères mes sincères excuses car mon pays se  montre petit, très petit en agissant de la sorte – et cela montre que dans notre conscience, nous avons intégré la définition de la frontière opérée par les colonisateurs ! Pitoyable. »

 

Inspirons-nous de ces monstres sacrés de la chanson et de la littérature africaines pour réinstaller la confiance entre nos deux peuples - cette confiance qui avait conduit, en 1999, le pays RDC a prêté sincèrement asile à plus de 3 000 réfugiés du Congo – Brazzaville, faisant ainsi oublier les « expulsions collectives » des Congolais de Brazzaville, accomplies par le Premier Ministre Moïse TSCHOMBE en 1964.

 

 

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Paul Kounga 16/05/2014 15:40


C'est le courage d'un jeune. Il faut le féliciter, c'est l'un des seuls au Congo!

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