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Transpirant à grosses gouttes, Igor Loufoueti, 13 ans, transporte des platines de farine entre le four et les étalages. « Tous les jours, je travaille comme ça de 22h à 6h du matin, s’il y a moins de travail. Je peux y rester jusqu'à 10h », indique-t-il, très affairé. Igor travaille à la Boulangerie de Loutété, dans le sud ouest du Congo. Son gain journalier est de 1.250F CFA. 

Cette pratique d’enfants mineurs dans la contrée est appelée ‘’Taxi’’. « C’est parce qu’ils vont, sans cesse, entre le four et les étalages », explique Jean Mpandzou, un commerçant.

A Bouansa, une autre ville du sud ouest, Grâcevie, 14 ans, est membre d’une coopérative agricole. « Notre travail consiste à débroussailler les champs agricoles pour trouver de quoi manger et s’habiller », affirme-t-elle.

Cette coopérative appelée ‘’Zola’’ (amour en langue locale) est constituée d’une dizaine d’éléments. Un champ débroussaillé revient à 7500F CFA que les membres se partagent à la fin de la saison agricole. « Ces enfants fuient les cours pour aller travailler. Ils sont plus motivés par le goût de gagner leur propre argent, car les parents ne subviennent pas souvent à leurs besoins scolaires », souligne Pamela Ngoma, directeur de l'école primaire privée Philippe Madieta de Bouansa.

Si dans les villes intérieures le phénomène est en perpétuelle éclosion, à Brazzaville et à Pointe-Noire, les deux principales villes, le travail des enfants a atteint une grande ampleur. Dans la capitale, l’un des cas le plus patent reste les enfants casseurs de pierres dans les carrières près de la rivière Djoué. « Ici, on trouve des enfants qui viennent seuls ou accompagnés de leurs parents. Ils viennent gagner l’argent », indique Bernabé Ntsiomo, un chef de carrière où viennent travailler les enfants de 8 à 20 ans.

En période scolaire, ces enfants « travaillent » en tenue, après avoir déserté les cours. « A l’école, on reste toute la journée sans manger, faute d’argent. Or ici, dès que le travail commence, même si on n’a pas encore acheté la pierre, le chef vous donne déjà du pain », témoigne Mesmin, 13 ans, élève de cours moyen, et casseur de pierre.

« J’ai fait ma vie dans cette carrière, et mon enfant doit savoir lutter comme un homme dans un pays où l’avenir est incertain. Chaque jour, après les cours, il me rejoint ici, et bosse justement comme un vrai gaillard », se félicite Emmanuel Mokossi, un parent, montrant son enfant d’environ 14 ans, très affairé dans la carrière.

D’après le chef de carrière Ntsiomo, un sac de pierres (environ 100 Kg ) coûte 20.000 à 30.000F CFA , et l’enfant qui le remplit touche 2 à 3000F CFA seulement. « ça ne paye pas tous les jours pour les plus jeunes, mais dès qu’ils ont leur part, ils oublient les peines endurées », ajoute-t-il.

D’autres envahissent les chantiers de réhabilitation des routes dans la capitale pour y ramasser la caillasse et faire de petits tas au bord des avenues. Le phénomène prend de l'ampleur à Brazzaville, où engins et gamins se disputent la place.

D’après le bureau de Brazzaville du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), quelque 1.900 enfants travaillaient en 2005 à Pointe-Noire et à Brazzaville. « Mais, aujourd’hui, ce nombre a quasiment doublé », estime Marius Biyekele, administrateur de programme Protection à l’UNICEF.

Juriste et chercheuse sur le travail des enfants au Congo, Nina Alida Kiyindou indique que plusieurs enfants travaillent à Pointe-Noire comme ‘’Payé-Payé’’ (employés pour solder les articles’). « Ce phénomène est très vivace au Grand marché et à Fonds Tiétié. Les enfants sont payés à 10% par recette journalière », révèle-t-elle.

D’autres enfants sont employés comme vendeurs à la criée proposant de l’eau et des boissons glacées. Leur ‘’salaire’’ mensuel varie entre 15.000 et 20.000F CFA.

« A Pointe-Noire, nous avons recensé en 2008 près de 400 enfants béninois travaillant sur la base AGIP comme pêcheurs, ramasseurs et fumeurs de poissons. Ils ne communiquent pas sur leur situation, de peur que leurs maîtres ne les maltraitent sévèrement », affirme Mme Kiyindou.

De l’avis de nombreux observateurs, l’Etat peine à mettre fin à ce phénomène. « Pour l’heure, ce n’est pas encore notre préoccupation. Avec le gouvernement, nous travaillons sur d’autres projets, on ne peut donc pas disperser des énergies si on veut obtenir des résultats », justifie Biyekele de l’UNICEF.

« L’Etat sait que ce phénomène existe, mais c’est difficile de l’éradiquer, vu le niveau de pauvreté dans les familles », affirme Honorine Massamba, directrice de la famille au Ministre des Affaires sociales.

D’après le gouvernement, 52,1% de Congolais vivent avec moins d’un dollar par jour, un taux que la Banque mondiale estime à 70%.

Mme Massamba ajoute: "Nous sensibilons les familles à ne pas envoyer les enfants travailler. Mais dès que nous tournons le dos, elles autorisent les enfants à aller casser la pierre".

Tag(s) : #Societé- Développement
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