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Atelier REDD+Le Congo-Brazzaville se prépare à vendre son carbone forestier, séquestré par ses quelque 22 millions d'hectares de forêts. Mais, des acteurs impliqués dans ce processus, notamment les Organisations non gouvernementales (ONG) locales ne maîtrisent pas très bien le système.

 Pour pour ne pas être marge de ce qui se fait, quelques ONG composant la plate-forme de la société civile pour la REDD+ se sont retrouvées du 22 au 23 octobre chez les protestants de l'ASUDH pour faire leurs commentaires sur le document que le gouvernement a déjà préparé (R-PP), et formulé des recommandations pertinentes.

Comme on peut le voir sur les images ci-contre, les militants des droits des populations autochtones et riveraines se préoccupent de cette affaire de marché de carbone, pas trop loin de marché de duppe. Il y a quelques jours, le gouvernement faisait venir à Brazzaville une foule d'experts pour expliquer aux acteurs impliqués dans ce processus comment mesurer, calculer et vendre le carbone. Il faut avouer que nombreux sont sortis de là que le ventre plein de cuisses de poulets et de boissons sucrées qui constituaient les pauses café et déjeuner; mais avec des têtes quasiment vides...

"Je veux comprendre cette collecte de données, mais je ne maîtrise toujours rien", avoue Serge Ibalaho, étudiant à la Faculté des Sciences de Brazzaville, rencontré dans la forêt de la Patte d'Oie à Brazzaville, un site d'expérimentation de quantification de carbone, organisé la semaine dernière (15 et 16 octobre) par le gouvernement.

"Les formateurs admettent jusqu'à 300 pour cent de marge d'erreur, où est l'exactitude dans le calcul du volume de carbone?" se demande un autre étudiant.

"Notre peur, c'est la réduction des activités dans la forêt. Déjà avec la biodiversité, nous ne pouvons plus chasser, qu'en sera-t-il de l'agriculture ?", s'interroge Jean Nganga, un pygmée responsable de l'Association pour la défense et la promotion des droits des peuples autochtones.

''Jusque-là, les femmes paysannes ne sont pas associées, alors qu'elles sont concernées dans la réduction des activités forestières", déplore Sylvie Foutou-Banga, présidente de la plate-forme des ONG congolaises pour la REDD +(Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation).

"Nous redoutons un marché fictif qui arrangerait les pollueurs occidentaux", dénonce Roch Euloge N'zobo de l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH).

"Nous craignons aussi que les populations forestières et autochtones soient dépossédées de leurs terres agricoles", ajoute M. N'zobo.

Les chercheurs locaux aussi s'inquiètent. "Je crains qu'une fois collectées, les données ne servent qu'à la recherche des pays du Nord... Je suis peu optimiste sur la capacité de ceux qui quantifient ce carbone", indique Mathieu Ndounga, directeur du Centre d'études sur les ressources végétales, basé à Brazzaville. "L'université devrait être au centre de ces recherches", insiste-t-il.

"Pourquoi être pessimiste ? Il faut simplement du temps et beaucoup de formation. Nous y parviendrons", assure, par ailleurs, Arsène Nguelelé, de l'Association pour l'environnement et la solidarité internationale, une ONG locale.

D'autres ONG explorent des pistes pour séquestrer le carbone forestier et gagner des compensations financières. "Avec le planting du Moringa, on gagnera plus, plutôt que de nous entraîner tous dans la forêt", suggère, par exemple, Marguerite Homb, présidente de l'ONG Training.

"Nous avons d'importantes pépinières de Flamboyants, de jatropha curcas et de palmiers. Avec l'appui financier de la REDD+, on fera de grandes plantations dans le Pool", indique Virgile Safoula de Education pour le développement des initiatives communautaires, basé à Brazzaville.

La Banque mondiale qui a accordé 3,4 millions de dollars au gouvernement pour se préparer au marché de carbone, reste préoccupée sur l’apport des ONG. "Il y a encore du travail à faire. Nous insistons beaucoup sur la participation de tous, et il faut que les ONG soient capables de représenter les intérêts des communautés de base", rappelle André Aquino, responsable REDD+ à la Banque mondiale pour les deux Congo.

"Nous travaillons depuis 2008 avec 37 pays en proposant des activités alternatives pour améliorer les conditions de vie des populations riveraines", explique-t-il.

Même les experts qui travaillent sur les méthodes de quantification de carbone ne sont pas toujours certains de leurs hypothèses. "Il y a des méthodes qu’il faut encore tester. Nous n’avons pas encore une définition finale du terme déforestation", affirme, par exemple, Fred Stolle de Wolrd ressources institute, basé à Londres.

"Il y a des méthodes récentes, surtout dans l’imagerie, et qui coûtent très cher. Et, ce n’est pas encore à la portée de tous", informe encore Stolle.

"Pour l’heure, on ne sait encore rien du réel potentiel de carbone au Congo. Les statistiques existantes ne sont pas sures, c’est pourquoi nous devrons le réévaluer, et c’est le but de la phase préparatoire", indique Christian Butten, spécialiste REDD de Wildlife conservation society, basé aux Etats-Unis.

Dans cette phase préparatoire, le Congo a déjà défini son Plan de préparation REDD+ (RP-P), et deux projets pilotes pour commencer à quantifier le carbone sont en cours. "Il nous faut faire de bons choix de niveau de référence afin de permettre à l'autorité politique de décider. C'est notre devoir", affirme, déterminé, Georges Claver Boundzanga, coordonnateur national de REDD+-Congo.

Sur les 20 millions de dollars dont le Congo a besoin en cette phase préparatoire, à peine 3,4 millions de dollars sont disponibles.

Dans une conférence animée en février dernier à Brazzaville, M. Boundzanga affirmait au sujet du carbone forestier : "Si vous ne pouvez pas le mesurer, vous ne pouvez pas le vendre".

Selon les experts, pour quantifier le carbone, il faut savoir le diamètre, la hauteur et la densité de l'arbre. D'après le gouvernement, le Congo compte plus de 300 espèces d'arbres, et chaque espèce a sa capacité de séquestration de carbone. "Il ne s'agira pas de mesurer chaque arbre, mais faire des échantillonnages et extrapoler ensuite", explique Grégoire Nkéoua, directeur général de l'Environnement.

Le succès des politiques d'aménagement forestier est tel que, le taux de déforestation annuel au Congo est passé de 32.000 hectares en fin 1999, à 17.000 hectares en 2010, soit 0,08 pour cent par année, selon le gouvernement.

Tag(s) : #Population- Environnement
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