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BrazzaPLUS

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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Entre la culture et la modernité, la forêt reste encore la grande maternité pour la femme autochtone!

Publié par Arsène SEVERIN sur 11 Août 2011, 12:37pm

Catégories : #Droits Humains

Femmes-pigmees.jpgLa Communauté internationale s'est donnée un jour l'année, le 9 août, pour célébrer et manifester son soutien aux populations autochtones. Différemment appelés au Congo, Babobo, Baaka, Bambenga,...les femmes de ces populations accouchent encore dans les brousses, loin des structures de santé.

Une jeune femme autochtone, Angélique Bounda, 24 ans, a accouché en fin juillet à la maternité de Dolisie, dans le sud-ouest du Congo-Brazzaville. «J’ai fait mes pesées ici et j’ai suivi les conseils de la sage-femme jusqu’à l’accouchement», affirme-t-elle, avec sourire, comme si c'était une grande victoire!

 Au milieu d’une dizaine de femmes enceintes bantoues, Margueritte Kassa, une autochtone de 30 ans environ, faisant fi de ce qu'on raconte au sujet des femmes autochtones, est venue au centre de santé intégré de Mossendjo (sud-ouest du pays) pour une consultation prénatale. «Je suis enceinte depuis six mois, mais j’hésitais à venir ici, car il y a trop de moqueries contre nous. Ces femmes bantoues nous manquent de respect, ils disent tout de nous. Et pourtant, en bravant tout cela, j’ai été bien reçue», déclare-t-elle, à tue-tête.

 Bounda et Kassa sont les rares femmes autochtones qui fréquent un centre de santé avant l’accouchement au Congo. Les autres préfèrent la forêt et les broussailles, à l'abri des invectives, des discriminations et des moqueries.

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), moins de 20% des femmes autochtones vont en consultation prénatale. «C’est à cause des discriminations qu’elles n’y vont pas. Le personnel soignant les traite comme des objets», fustige Jean Nganga, un autochtone, président de l’Association de défense et de promotion des peuples autochtones, basée à Brazzaville.

«Les sages-femmes se moquent de nous, nous laissent traîner, même si nous arrivons avant au centre de santé intégré (CSI). Cela nous décourage», explique Kassa.

Dans une étude réalisée entre avril et mai 2011, l’Association congolaise pour la santé de la Cuvette ouest, une ONG basée à Mbomo, au nord de Brazzaville, révèle que sur 520 femmes en âge de procréer, seulement huit ont accouché au CSI. «Elles disent ne pas avoir l’argent pour payer les frais de consultations ou la layette du bébé», rapporte Thomas Okoko, responsable de cette ONG.

«Nous les voyons enceintes, mais nous ne savons pas où elles accouchent, car elles ne sont pas dans nos maternités», affirme Léonard Itoba, médecin à la l’hôpital de base de Ouesso, une ville située dans le nord du pays.

«Je ne pense pas que le manque de layette en soit la cause essentielle. Ce sont des clichés de stigmatisation infériorisant qui les repoussent des structures de santé», affirme Lawson.

 «Le mauvais accueil des femmes autochtones dans les CSI fait qu’elles accouchent encore dans les forêts», souligne Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme, une ONG basée à Brazzaville.

L'OCDH a été à la tête du mouvement humaniste des ONG congolaises qui ont fourni aux pouvoirs publics toute la provision nécessaire à l'élaboration de la toute récente loi sur ces populations. Dans différents rapports et notes de position, cette organisation a dénoncé avec véhémence les humiliations que subissent les autochtones privés de leurs droits les plus fondamentaux par l'Etat et les bantous.

 Pour aider les femmes pygmées à accoucher devant un personnel médical, les CSI de la Lékoumou (sud du pays) et ceux de la Sangha (nord) ont rendu gratuites les consultations pré et postnatales. «Nous avons pris une note pour qu’aucun franc ne soit demandé à une femme autochtone enceinte», confirme Dr Marcel Elion, directeur départemental de la santé dans la Sangha.

Appuyant cette initiative personnelle des directeurs départementaux, le FNUAP apporte des kits d’accouchement aux femmes autochtones. «Dans ce sac, il y a les vêtements de bébé, les médicaments, les gants et seringues», témoigne Philomène Ipande, une femme autochtone.

Malgré tous ces efforts, à peine 24% de femmes autochtones accouchent dans les CSI, contre 80 pour cent des autres femmes congolaises. A Paris, un village situé à 60 kilomètres de Ouesso, une accoucheuse traditionnelle affirme recevoir en moyenne cinq à six femmes autochtones pour accoucher par mois.pygmes6medium.jpg

 «Je suis parfois obligée d’utiliser une lame rasoir pour faciliter la sortie de l’enfant, parce que par manque de consultations prénatales, ces femmes ont l’utérus très réduit. Si la tête de l'enfant coince, je déchire un peu l'utérus, mais cela me ça très mal car on aurait dû l'éviter à l'hôpital», indique-t-elle.

 «Nous avons encore confiance à nos traditions. Quand une femme est à terme, elle ne se promène plus seule en forêt. Dès que les douleurs d’accouchement arrivent, elle sait ce qu’il faut faire: s’asseoir au pied de l’arbre», explique une femme sexagénaire autochtone du village Ngouha II, dans le sud du pays.

Gyldas Ngoma-Mifoundou, un sociologue à l’Université de Brazzaville affirme : «C’est une question de culture, et beaucoup de plantes aident les femmes autochtones à accoucher aisément. Elles sont nées dans ça, et estiment que ça fonctionnera pendant encore très long».

«Peu de femmes autochtones fréquentent les centres de santé par culture. Elles sont malheureusement victimes des croyances et pratiques d’accouchement en contradiction avec les normes et standards scientifiques», souligne le représentant du FNUAP.

Depuis 2007, on dénombre 43.500 autochtones au Congo, soit un peu moins de deux pour cent des 3,7 millions d’habitants. Pour promouvoir et protéger leurs droits, les autorités ont adopté le 25 février 2011 une Loi qui «interdit» en son article premier, l’usage de l’appellation «pygmée». L’article 22 de cette loi garantit un «accès sans discrimination» aux services de santé pour ces populations».

«Nous avons été trop injustes à leur égard», déclare Emmanuel Yoka, ministre d’Etat chargé de la Justice et des Droits humains, après avoir suivi un film dont la produit par le FNUAP sur la vie des peuples autochtones.

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