SEVERINNEWS

SEVERINNEWS

Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


A cause des feux de brousse, la nourriture manque dans les villages congolais!!!

Publié par Arsène SEVERIN sur 2 Novembre 2010, 14:24pm

Catégories : #Population- Environnement

Déchaînée, d’une allure titubante, la houe sur l’épaule, Mouila Bouanga, la soixante bien dépassée, essaie de rattraper des jeunes encore vivaces et courant comme de gazelles qui viennent de mettre le feu sur la brousse, pas trop loin de son champ. " Ils ont détruit tous mes écobuages, je suis foutue pour cette fois-ci, c'est la crise chez moi", s’affole-t-elle.

La vieille Mouila Bouanga, est comme tous les autres agriculteurs de Yamba,Feux-20de-20brousse-1-.JPG localité située au sud-ouest de Brazzaville, qui pratiquent en saison sèche des écobuages pour fertiliser le sol et réaliser de bonnes récoltes de patate douce, de maïs, de petits pois et d’igname. Mais leur grande crainte demeure les feux de brousse.

"Dès que la savane brûle, les agriculteurs ne peuvent plus travailler, car il n'y a plus d'herbe, il faut attendre l’année prochaine.", explique Jean Claude Ngouari, enseignant et agriculteur à Yamba.

A Nsongi, dans le bassin agricole de Bouansa, au sud ouest de ce pays d’Afrique centrale, le feu vient de détruire sur son passage une dizaine de champs de manioc et de petits pois. "Ici, le feu m’a détruit un hectare de manioc et un demi hectare de gombo", se plaint Dominique Moukala, agriculteur.

Les feux de brousse sont allumés par des chasseurs et autres pyromanes. La chasse est ouverte au Congo dès le mois de mai. En juin, commencent les feux de brousse alors que l’herbe est encore très grasse. "Les chasseurs précipitant la capture des hérissons et de rats, brûlent les savanes sans tenir compte de saisons agricoles », déplore Hubert Kokolo, originaire de Yamba.

"Ce sont des paresseux qui mettent le feu à la savane, empêchant les laborieux travailler ", affirme Gabriel Nsemi, sous-préfet de Yamba, qui vient d’entretenir les chefs des villages sur le phénomène des feux de brousse.

Dans le Pool, une région voisine de Brazzaville, la capitale, les paysans sont également désemparés par les feux de brousse. "Nous pratiquons l’agriculture sur brûlis avec un peu d’herbe enfouie sous la terre. Mais pour réussir cela, il faut une vraie course avec les feux de brousse, sinon, on perd la saison", indique Bernadette Louvissa, paysanne à Loulombo.

"Avec ces feux précoces, il n’y aura pas la possibilité de ramasser les champignons à la tombée des pluie", nous indique Prosper Mayembo, directeur départemental de l’Environnement dans le Pool.

Selon l’organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, les savanes représentent 36 pour cent de la superficie du Congo. La plupart d’entre elles volent en fumée entre juin et septembre. "Il n’y a pas de statistiques disponibles, mais toutes les savanes brûlent au Congo en saison sèche", nous avoue Antoine Ngoma Bakana, directeur de la recherche, développement, encadrement et vulgarisation au ministère de l’Agriculture.

Des paysans se plaignent auprès des agents agricoles. Mais, l’action de l’Etat n’arrêtent pas le phénomène. "Il n’y a aucune mesure pour prévenir ou réparer les dégâts. Notre action consiste à sensibiliser les paysans à créer des couloirs de 2m pour séparer leur champ de la grande savane", insiste a notre enregistreur M.Ngoma Bakana.

"L’Etat n’a rien prévu pour dédommager ceux qui perdent des champs", nous affirme Gaston Foutou, directeur de la Conversation et des écosystèmes naturels.

"Les populations sont délaissées à elles-mêmes. En juillet dernier, une agricultrice a été tuée dans son champ Mangiri par le feu de brousse, et l’Etat n’a rien fait", nous informe Virgile Safoula, secrétaire général de l’Organisation non gouvernementale Environnement, développement et initiatives communautaires (EDIC)

"Depuis des années à Yamba, les populations ne brûlent pas la brousse avant septembre. Mais, suite aux plaintes récurrentes des agriculteurs, j’ai pris des mesures sévères pour faire subir la rigueur de la loi à tout pyromane qui se fera prendre", prévient Nsemi, très évasif, lorsqu'on demande ce au'il faut faire.

Les paysans s'organisent alors eux-mêmes. "Il y a deux semaines, les chefs terriens ont condamné une famille à me refaire mes deux hectares de manioc brûlés, et à me verser 50 dollars d'amende", nous informe Madeleine Mpata, agricultrice à Bouansa.

"Généralement, les règlements se font à l’amiable dans les villages. C’est une technique qui marche bien et qui dissuade plusieurs pyromanes ", acquiesce M. Foutou.

"Ils sont nombreux à venir nous voir pour les feux de brousse. Quand c'est un coupable docile, nous réglons le cas, mais si c'est un bandit, nous demandons au plaignant de saisir la police", nous explique Joseph Loussoukou, chef de terre à Bouansa.

"Même la police ne retrouve pas le coupable, c’est difficile de savoir d’où part le feux", indique M.Ngoma Bakana.

Pour protéger leurs champs de feux, certaines coopératives ont créé des brigades de surveillance. "Nous nous relayons chaque jour du matin au soir. Une cananeraie a failli être brûlée ici, mais nous avons empêché le feu de prendre de l'ampleur", témoigne Jacob Massala, chef du groupement 'Bilanga' de Bouansa.

La société civile aide également les agriculteurs. "Nous créons des rideau d’arbres pour empêcher que le feu atteigne les champs. Dans nos pépinières il y a des arbres pare-feu comme le Flomboyant et le leucaena leucocephala pour faire face aux feux de brousse", nous dit M.Safoula qui ajoute: "Nous sommes limités par les moyens pour apporter l’information et ces produits aux opérateurs agricoles".

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog