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Les populations de Madibou, banlieue sud de Brazzaville, ont capitalisé leur expérience pour survivre aux pénuries quasi-permanentes d'eau potable constatées dans la capitale. Elles creusent les forages et gèrent des points d'eau au bénéfice de toutes les populations de cette banlieue. La communauté de développement local de Madibou a même réussi à exporter son expérience vers huit départements du Congo où l'eau potable demeure une denrée rare.

  En matière de l'eau, nous n'avons rien à envier à ceux qui habitent le centre ville ou les grandes communes comme Moungali, Poto-Poto ou Ouénzé. Nous avons de l'eau potable à n'importe quel moment », a indiqué au reporter de Tam-Tam d'Afrique Silao Badienguissa, habitant du quartier Madibou.
L'expérience a commencé en fin 2000, à la suite du retour dans leurs domiciles des populations ayant fui les combats armés entre les forces gouvernementales et les miliciens ninjas. Mabidou étant un quartier non encore desservi par la Société nationale de distribution d'eau (SNDE), les populations se sont alors organisées dans le but de se donner de l'eau potable.
 Habituées à l'eau potable distribuée dans les sites de sinistrés où elles avaient séjourné pendant des mois, les populations de Madibou sont rentrées avec le goût et l'orgueil de boire de l'eau pure. Mais, dans leur quartier sinistré, la réalité était tout autre. Pour éviter les maladies à grande contamination, il fallait se donner les moyens.
"Avant, nous buvons l'eau des puits non traitée et nombreux parmi nous allaient au Djoué pour puiser de l'eau, faire la vaisselle et la lessive. Il y avait aussi l'eau de source naturelle, mais très mal entretenue. C'était une situation difficile », a rappelé Eugénie Moudilou, habitante du quartier Kibina, dans la même zone.
Elle ajoute : « Mais lorsque nous avons fui la guerre dans les sites, les organisations humanitaires nous apportaient de l'eau potable tous les jours, ce qu'on avait pas chez nous. C'est ça, je pense qui nous a plus motivé, pour faire ces puits ».
D'après le responsable de la Communauté de locale de développement (CLD) de Madibou, Daniel Ndounda, l'eau potable a fait partie des priorités du retour des populations dans le quartier, après la guerre civile. « A l'époque, l'UNICEF a accepté nous aider, nous lui avons dit que notre grand problème, c'était l'eau potable, conscients que l'Etat n'était pas prêt à nous en procurer très rapidement » dit-il à Tam-Tam d’Afrique.
Après le creusage des forages, des pompes Indiana mark 2 (notre photo) ont été implantées dans la plupart des quartiers de Madibou. « Il suffit d'actionner et vous avez de l'eau en aussi grande quantité que vous voudrez », a affirmé Jonas, 15 ans environ, s'affairant à remplir un bidon de 25 litres.
En visite dans le quartier, le directeur régional de l'UNICEF, Gianfranco Rotigliani, a salué l'initiative prise par ces populations. « C'est une très bonne chose. Si elles n'avaient pas cette initiative, elles mouraient de soif. C'est comme ça que les populations devaient situer leur vision de développement. Je ne dis pas que les pouvoirs publics ne doivent rien faire, non! L'Etat doit jouer son rôle, surtout pour un pays comme le Congo qui a d'importants revenus », a dit M. Rotigliani.
Pour Albertine Foundou, agent des affaires sociales habitant le quartier, « les élus nationaux et locaux ne doivent pas penser à distraire ces populations en leur apportant à boire. Mais, ils doivent soutenir de telles initiatives. C'est là le défi à relever ».
Malgré ce succès, les difficultés ne manquent pas. Les responsables de la communauté de Madibou font face aux problèmes de renouvellement du matériel. "Nous avons commencé avec les pompes Indiana mark 2, mais sa tuyauterie en fer, a vite rouillé et nous avions de l'eau jaunâtre. Avec l'apport de l'UNICEF, nous avons pu avoir des tuyaux en plastique, en attendant que les commandes passées à travers d'autres partenaires en Inde arrivent. Cela peut déjà régler le problème", s'est félicité M. Ndounda.
 Sur 300 puits à construire à Madibou, la communauté a installé en sept ans une trentaine de puits. "Nous sommes certes encore loin de notre objectif, mais le travail déjà réalisé permet de couvrir les besoins en eau potable d'un plus grand nombre", a souligné M. Ndounda.  
   
 Tout service a un coût !  
   
  " Pour l'entretien des points d'eau, nous demandons un prix forfetaire de 100F Cfa par famille. Lorsque nous le recouvrement a été bien fait, une pompe peut rapporter jusqu'à 12.000F Cfa » a informé le responsable de la communauté de Madibou.  
 Mais, les recouvrements se font avec beaucoup de difficultés. Plusieurs bénéficiaires ne veulent pas verser la modique somme. "Pourquoi demandent-ils encore de l'argent. Le projet est soutenu par l'UNICEF qui a donné tous les moyens. On ne comprend pas le sens de cette quête », s'est étonné Jean Marie Bikakouri, un habitant du quartier Kimpouomo.  
 « C’est vrai que c'est 100F Cfa, mais l'eau en question aussi est de mauvaise couleur. Nous allons vers d'autres points d'eau où l'eau est plus propre », a indiqué M. Bikakouri, poussant deux bidons de 25 litres dans une brouette.  
 Pour la communauté de développement de Madibou, le recouvrement de la participation communautaire n'est pas un vrai obstacle pour gérer l'eau dans le quartier. « La plupart de bénéficiaires donnent les 100F CFa. Mais c'est la couleur jaunâtre de l'eau qui fait chuter les recettes au niveau de certaines pompes. Et ça, nous le comprenons », a dit M. Ndounda.  
 En dehors de cette petite contribution, les populations payent également 1.000F CFa le mois pour l'entretien des puits. Les propriétaires qui ont les puits dans leurs parcelles peuvent bénéficier, moyennant 1000 l'entretien durant un mois de leur source d'eau. « Rien à faire, quand il s'agit de traiter mon puits, je donne sans hésiter mes 1000F Cfa », a affirmé Eugénie Moudilou.  
 Fort de cette expérience reconnue par les partenaires internationaux au développement comme la Banque mondiale, l'Union Européenne et l'UNCEF, la communauté de Madibou a été sollicitée par d'autres communautés pour partager leur expérience. « Nous avons creusé des forages dans certaines localités de la Sangha, de la Likouala, de la Cuvette, des Plateaux, du Pool, du Niari et du Kouilou. Notre expérience est sollicitée partout », a reconnu Daniel Ndounda.  
 « Avant notre arrivée à Ouesso par exemple, les populations ne buvaient que l'eau des rivières et des pluies. Toutes ces eaux non traitées sont vecteurs de plusieurs maladies », a-t-il fustigé  
 D’après les statistiques officielles, plus de 47% pour des Congolais ont accès à l’eau potable dans les villes. Dans les zones rurales, quelque 14% d’entre en boivent. Mais, ces statistiques sont truffées de faiblesses telles que les pénuries constantes et la mauvaise qualité de l’eau. Quelques semaines avant la célébration la journée internationale de l’eau, le 22 mars dernier, le gouvernement a organisé une table ronde avec les bailleurs de fonds sur l’eau potable et l’assainissement. Plusieurs bailleurs de fonds comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Banque arabe ont manifesté un vif engouement pour investir dans ce domaine.  
 En début mars, le président Denis Sassou Nguesso a lancé de construction d’une deuxième usine de traitement d’eau à Ndjiri. Le coût des travaux est estimé à plus de 130 milliards de F cfa. L’usine en construction devrait couvrir quelque 85% des besoins d’après le gouvernement.  
 En fin mars, le Congo et les autres pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), ont décidé à Brazzaville de gérer ensemble des ressources en eau dans la sous-région. 
Tag(s) : #Societé- Développement
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