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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


L'OCDH dénonce la dégradation des droits de l'Homme au Congo

Publié par Arsène SEVERIN sur 2 Mars 2016, 07:53am

Catégories : #OCDH, #Trésor Nzila Kendet, #Droits Humains, #Congo-Brazzaville, #BrazzaPLUS

@Trésor Nzila présentant le rapport
@Trésor Nzila présentant le rapport

L’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) a publié mardi 1er mars à Brazzaville son rapport annuel (lire l'intégralité du rapport en dessous de cet artcle) sur la situation des droits de l’homme au Congo, dénonçant une « aggravation » des violations des droits des populations. Le rapport met un gros phare sur les événements qui ont prévalu avant le référendum constitutionnel du 25 octobre 2015. L’OCDH a aussi enquêté sur d’autres situations concernant les travailleurs au sein des sociétés forestières et dans les communautés locales. L’organisation appelle le gouvernement à « mettre fin à l’impunité », afin de garantir la liberté de chaque citoyen.

Le rapport prend essentiellement en compte les événements d’octobre 2015 liés à l’organisation du référendum constitutionnel. Pour l’OCDH, 21 cas de décès ont été enregistrés, contrairement au chiffre de 4 morts avancé par les autorités. "Tout se fait comme si la force publique avait raison de réprimer dans le sang les gens qui manifestaient pour leurs droits", a déploré Trésor Nzila Kende, directeur exécutif de l’OCDH, résumant le rapport.

"De nombreux témoins ont affirmé à l’OCDH que d’anciens ninjas ont été armés par le pouvoir en place pour semer la désolation dans les quartiers sud de Brazzaville. On note de nombreuses arrestations. Elles s’opèrent tous les jours et nous effectuons des descentes dans les commissariats de police pour vérifier l'identité des personnes arrêtées", a dénoncé le directeur exécutif de l’OCDH, appelant le gouvernement à "libérer tous les prisonniers politiquesé".

17 cas de torture dont 9 ayant conduit à la mort ont été enregistrés par l'organisation. Dans certains cas documentés," nous avons noté un cynisme inouï dans la torture"

Assumant la responsabilité du rapport, le directeur exécutif de l’OCDH a déclaré que ce document était indépendant, qu’il engageait son organisation. « Nous n’avons pas de comptes à rendre à qui que ce soit. Mais nous transmettrons le document aux autorités », a expliqué Trésor Nzila.

Et voici l'intégralité du rapport annuel publié par l'OCDH:

« Les droits de l’Homme en souffrance » - OCDH, Rapport annuel sur les droits humains en

OCDH

RAPPORT ANNUEL

A Brazzaville, des partisans du «non» au référendum montrent des douilles de balles, utilisées, selon eux, pour réprimer les manifestants. © RFI/BH

Organisation non gouvernementale dotée du statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP),

Membre de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), de l’Union interafricaine des droits de l’homme (UIDH)

et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Lauréat 2006 et 2015 du Prix des droits de l’Homme de la République Française

« Les droits de l’Homme en souffrance »

Février 2016

Sommaire

INTRODUCTION .............................................................................................................................. 5

CONTEXTE POLITIQUE AU CONGO ............................................................................................. 7

I. ATTEINTES AU DROIT A LA VIE, A LA SECURITE ET A L’INTEGRITE PHYSIQUE DES PERSONNES ............................................................................................................................... 11

1. Torture, mauvais traitements et meurtres ........................................................................... 12

Cas de MAHAMAT TAHIR ............................................................................................................. 12

Cas de Jean Edouardo Veloz ........................................................................................................ 13

Répression sanglante à Nkayi ....................................................................................................... 15

Cas de Noé Harelimana ................................................................................................................. 16

Cas Zadio (le nom a été changé en raison de la sécurité du réfugié) ........................................... 18

Cas Loïc Stevy Mayoussa .............................................................................................................. 19

Cas Ebonza Bolobo Medel ............................................................................................................. 20

Enlèvement d’un réfugié RDC ........................................................................................................ 25

Cas Guy Henrique(le nom a été changé) ...................................................................................... 25

2. Discrimination des peuples autochtones ............................................................................ 25

3. Répression sanglante des manifestations anti-référendum à Pointe-Noire et Brazzaville 26

4. Arrestations, détentions arbitraires et traitements inhumains ............................................ 29

Cas Luc Ngoubili ............................................................................................................................ 29

Cas Alexis Tsiako (le nom a été changé)....................................................................................... 29

Cas Okala Patrick ........................................................................................................................... 30

Cas Destin Pandi ............................................................................................................................ 31

Rafles contre des réfugiés RCA à Mpila (les noms ne sont pas mentionnés pour raison de sécurité) ...................................................................................................................................................... 31

Cas Akossa Alexis, Bombila Jean Pierre, Nsinga Sambo ............................................................. 32

Cas Magavo Mbella Carell ............................................................................................................. 33

Cas Fernand Dzanga, George Kikele, Okemba Koumou .............................................................. 33

Cas Djoko Romeo Wilfried ............................................................................................................. 33

Cas Koutou Joffrey, Desouza Farel et WambaRomial ................................................................. 33

Cas Samba Moutou Loukossi, Jean Claude Mbango, Ismaël Mabari et Jean Jacques Malela ... 34

II. ENTRAVES A LA LIBERTE D’EXPRESSION ET AUX DROITS ET LIBERTES POLITIQUES ET CONFISCATION DES MEDIAS PUBLICS ............................................................................... 35

1. Atteintes à la liberté de la presse et/ou d’expression ......................................................... 36

Cas du journaliste Guy Milex M’bodzi ............................................................................................ 36

Cas du journaliste Christian Perrin ................................................................................................. 37

Suspension des services internet mobile et SMS .......................................................................... 37

Attaque contre la station Radio Forum pour les Droits de l’Homme (RFDH) et la RFI ................. 37

Menaces contre les Radios télévision Divouba et Canal Mbogui à Nkayi et Madingou................ 38

Cas des 6 activistes arrêtés et condamnés ................................................................................... 39

Cas de Clève Milandou, vendeur des disques CD ........................................................................ 39

2. Atteintes à la liberté de réunion et arrestations des opposants politiques ......................... 40

Cas d’arrestation des leaders de l’opposition et restrictions à la liberté de circulation ................. 40

Cas de Guy Brice Parfait Kolelas, assigné à résidence ................................................................ 40

Cas de Paulin Makaya ................................................................................................................... 41

Cas de Henri KABANABANZA et Jean Pierre MOUANDA MOUDOUMA .................................... 42

Cas de André Okombi Salissa et des militants de la CADD .......................................................... 42

Cas de Serge Matsoulé .................................................................................................................. 42

Jean de Dieu KIAKOUAMA ............................................................................................................ 43

III. VIOLENCES FAITES A L’EGARD DES FEMMES ............................................................ 44

1. Situation sommaire sur la discrimination des femmes au Congo ...................................... 45

2. Persistance des pratiques néfastes et des dispositions discriminatoires .......................... 46

3. Types de violences et liens de causes à effets .................................................................. 47

IV. ATTEINTES AUX DROITS SOCIO-ECONOMIQUES ....................................................... 49

1. Atteintes au droit à la propriété ........................................................................................... 50

Cas d’expropriation à Djeno : la police recourt à une violence injustifiée ..................................... 50

Cas de la société FORSPAK.......................................................................................................... 51

Cas de la société MPC S.A ............................................................................................................ 51

Cas de la société Sitoukoula Potasse ............................................................................................ 52

2. Atteintes au droit à un environnement sain ........................................................................ 53

Cas du village Mboundi : pollution de l’air et des sources d’eau par ENI Congo .......................... 53

Cas de Djeno : pollution de l’air et sources d’eau par Total & P ................................................... 54

3. Des villages menacés de disparition .................................................................................. 54

4. Violation des clauses sociales par les entreprises ............................................................. 55

Cas de la société FORSPAK.......................................................................................................... 55

Cas de la société Industrie forestière de Ouesso (IFO) ................................................................. 56

5. Violation des droits des travailleurs au sein des entreprises asiatiques ............................ 57

Cas des sociétés Wang Sam, Usine à Céramique et Lulu Mine ................................................... 57

CONCLUSION ............................................................................................................................... 58

RECOMMANDATIONS .................................................................................................................. 59

OCDH EN BREF ............................................................................................................................ 60

CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE ................................................................................................... 61

La publication de ce rapport a été rendu possible grâce au soutien des partenaires de l’OCDH, notamment The National Endowment for Democracy (NED) et l’Union européenne (UE). Les observations et analyses exprimées dans ce rapport n’engagent que l’OCDH et ne peuvent en aucun cas être considérées comme reflétant les points de vue de ses partenaires.

B.P 4021- Brazzaville- Congo

32, avenue des 3 Martyrs

Place de la station des bus Jane Vialle-Moungali

Tél. (+242) 05 768 10 99/ 05 533 07 63 /05 553 11 85

Email : ocdh.brazza@gmail.com

Facebook: Observatoire-Congolais-des-Droits-de-lHomme-OCDH

www.ocdh.org

INTRODUCTION

« Les droits de l’Homme en souffrance » - OCDH, Rapport annuel sur les droits humains en République du Congo, 2015: 6

L’année 2015 en République du Congo a été une année tumultueuse à cause de la dégradation de la situation politique motivée par le projet de la nouvelle Constitution qui ouvre la voie à la suppression de la limite du nombre de mandats présidentiels, garantissant ainsi à M. Denis SASSOU NGUESSO, une présidence à vie s’il le souhaitait. Ce contexte politique a eu des conséquences très néfastes sur les droits humains et les libertés fondamentales. Il continue d’être défavorable pour les droits humains.

Ce rapport annuel 2015 de l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH) rassemble des informations sur la situation des droits humains en République du Congo. Il fait état des violations qui se sont déroulées dans le cadre du contexte électoral (référendum) et des violations qui ne sont pas liées à cette question.

Il fournit aussi des informations sur les infractions relevant du droit international. L’OCDH estime que plusieurs atteintes observées pendant la période couverte par ce rapport entrent bien dans la catégorie des crimes du droit international : torture, exécutions arbitraires, arrestations et détentions arbitraires, meurtres et autres actes inhumains, atteintes aux droits économiques et sociaux...

Sur la base des informations relatives aux droits humains publiées dans notre rapport annuel en 2014 et, compte tenu des informations fournies dans le présent rapport 2015, nous pouvons affirmer qu’il y a une dégradation sur la situation des droits humains en République du Congo. Il y a des droits que le Gouvernement congolais se sentirait à l’aise à promouvoir et ceux qu’il préférerait bafouer.

Bien que ce rapport porte sur les observations de 2015 et début 2016, il revient cependant sur les évolutions des situations observées l’année antérieure.

Par ce rapport, l’OCDH n’a nullement la prétention d’avoir couvert tous les cas d’atteintes aux droits humains ; ce qui du reste est impossible, mais livre la tendance générale sur l’état de ces droits en République du Congo au cours des douze derniers mois au moins.

CONTEXTE POLITIQUE AU CONGO

En avril 2014, le Gouvernement congolais a fait connaitre son intention de procéder à un changement de Constitution. L’opposition politique, la société civile indépendante et la communauté internationale voyaient dans cette initiative une réelle volonté du chef de l’Etat à se maintenir au pouvoir. Le débat a fait son chemin et a fortement divisé la classe politique et les congolais.

Entre juillet et août 2015, se sont tenus en République du Congo deux dialogues politiques au regard de la dégradation de la situation politique. Le dialogue de « Sibiti » sur initiative du Président de la République, Denis Sassous Nguesso, dialogue boudé par la principale plate-forme des partis politiques de l’opposition à cette date d’une part, et le dialogue de « Diata » à Brazzaville, organisé par cette plate-forme de l’opposition politique. De l’autre côté, la Plate-forme de la société civile pour le respect de la Constitution du 20 janvier 2002et la Compagne Tournons la Page-Congo, deux principaux regroupements des organisations de la société civile indépendante exhortaient le Gouvernement au respect des institutions et du principe de l’alternance démocratique.

La divergence des points de vue a montré clairement l’absence d’un consensus sur l’initiative de réforme constitutionnelle soutenue par le Gouvernement et le parti au pouvoir dont le but exclusif était de faire sauter les verrous de la limite du nombre de mandat présidentiel et la limitation d’âge, deux dispositions qui mettaient à mal Denis Sassou Nguesso.

Le 22 septembre 2015, le Président Denis Sassou Nguesso, a exprimé ouvertement sa volonté de tenir un référendum pour décider du « changement » de la Constitution en vigueur depuis 2002 pour lui permettre de briguer un troisième mandat présidentiel. Les opposants au référendum, qui y voyaient une tentative de coup d'État constitutionnel, avaient laissé jusqu'à lundi 19 octobre au Président de la République pour abandonner son projet de référendum, déclarant qu'à partir de cette date ils ne reconnaîtraient plus sa légitimité.

Les 20 et 21 octobre 2015, les acteurs politiques et de la société civile opposés à ce référendum se sont massivement mobilisés pour empêcher la tenue de ce référendum. Cette mobilisation a été sévèrement réprimée dans le sang entraînant la mort d'au moins 21 personnes d'après le bilan établi par l’OCDH et bien d’autres sources et organisations de la société civile. Le Gouvernement congolais, quant à lui, a camouflé l’ampleur de cette répression sanglante en invoquant un bilan officiel de 4morts (victimes), encore qu’il n’a jamais établi les circonstances et les responsabilités1.

1OCDH-FIDH https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/congo/referendum-constitutionnel-en-republique-du-congo-des-resultats/

OCDH-FIDH https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/congo/republique-du-congo-a-quatre-jours-du-referendum-constitutionnel-la

Malgré un isolement apparent de la communauté internationale sur cette initiative référendaire dont le seul but est la conservation du pouvoir, ce contexte n’a pas permis d’influencer le développement de la situation. L’échec de l’ensemble des parties prenantes au processus d’instauration de la démocratie et l’Etat de droit en République du Congo est aussi l’échec de la communauté internationale qui, en cette période décisive, a soufflé le chaud et le froid.

Le 25 octobre 2015, le vote référendaire a eu lieu, avalisant l’adoption d’une nouvelle Constitution. Les résultats officiels publiés le 27 octobre, indiquent que 92,96 % des votants ont dit « oui » à ce nouveau projet de Constitution et que 72,44 % des électeurs se sont rendus aux urnes pour voter alors que d'après les observations des organisations indépendantes de la société civile, de la communauté internationale, les Congolais ont largement boudé les urnes, et l'opposition a boycotté le scrutin.

Au regard de l'ampleur de la contestation observée le 27 septembre 2015 à Brazzaville, le 17 octobre 2015 à Pointe-Noire et bien avant ; à laquelle il faille ajouter la mobilisation massive dans plusieurs parties du pays les 20 et 21 octobre 2015, le boycott du scrutin par l'ensemble de l'opposition politique et du peu d'engouement pour le vote constaté le dimanche 25 octobre sur l'ensemble du territoire, les chiffres annoncés par les autorités congolaises, notamment le taux de participation, apparaissent en complète inadéquation avec la réalité de ce qui a pu être observée.2

2OCDH-FIDH https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/congo/republique-du-congo-a-quatre-jours-du-referendum-constitutionnel-la

3Article 10 du projet e la nouvelle Constitution: « sauf en cas de perte ou de déchéance de nationalité, aucun citoyen congolais ne peut être ni extradé, ni livré à une puissance ou organisation étrangère, pour quelque motif que ce soit. L’Etat a le devoir d’apporter assistance à tout citoyen congolais poursuivi devant une juridiction étrangère ou internationale ».

Article 96 du projet de la nouvelle Constitution : « aucune poursuite pour des faits qualifiés de crime ou délit ou pour manquement grave à ses devoir à l’occasion de l’exercice e sa fonction ne peut plus être exercé contre le Président de la République après la cessation de ses fonctions. La violation des dispositions ci-dessus constitue un crime de forfaiture ou de haute trahison conformément à la loi ».

Dans au moins cinq sous-préfectures du sud, le vote n'a pas eu lieu, « pour diverses raisons » a déclaré le Ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation, Zéphirin Mboulou, lors de l'annonce des résultats le mardi 27 octobre.

Le projet de la nouvelle Constitution élaboré en toute obscurité, a été promulgué le 6 novembre 2015. Chose inadmissible, elle porte les germes d’impunité totale et d’incitation aux atteintes graves aux droits humains3.Deux dispositions de cette Constitution constituent particulièrement une menace sérieuse et un échec flagrant dans la lutte contre l’impunité et, sont contraires aux engagements internationaux en matière des droits humains.

Le président Denis Sassou Nguesso est au pouvoir depuis 1979. En 1992, il perd les premières élections pluralistes avant de revenir au pouvoir par les armes en 1997 à la suite de plus de deux années de guerre civile. En 1999, les services de sécurité du régime sont accusés d’avoir éliminés plus de 300 disparus du Beach de Brazzaville, des réfugiés retournant au Congo. Une affaire toujours pendante devant la justice française. Depuis les élections de 2002, le président Denis Sassou Nguesso est réélu à la faveur d’élections contestées.

Depuis son retour au pouvoir le pays est dirigé par un Gouvernement agressif qui s’évertue à réduire au silence ses opposants.

I. ATTEINTES AU DROIT A LA VIE, A LA SECURITE ET A L’INTEGRITE PHYSIQUE DES PERSONNES

Cette première partie traite des cas de torture et de meurtres, d’arrestations et des détentions arbitraires. L’OCDH a noté au moins 5 cas de torture dont 3 ont conduit à la mort, au moins 24 cas de meurtres et au moins une centaine des cas d’arrestations et détentions arbitraires et plusieurs autres cas d’atteintes à l’intégrité physique des personnes.

1. Torture, mauvais traitements et meurtres

Le recours à la torture reste répandu. La persistance et l’utilisation routinière de la torture et des traitements inhumains au Congo mettent en danger potentiellement toute personne arrêtée et mise en garde à vue. Ci-dessous, quelques cas illustratifs.

Cas de MAHAMAT TAHIR

Mahamat Tahir, 44 ans, est réfugié statutaire de nationalité centrafricaine. Il a été arrêté le 13 février 2016 aux environs de 16 heures, non loin de l’Ambassade du Liban à Brazzaville par les policiers en service au commissariat de police de Poto-poto II. Arrivé au commissariat, il lui est reproché de complicité de vol de matériaux de construction, incrimination qu’il affirme ne pas reconnaitre. Dans le but de lui arracher les aveux, il a été sévèrement battu, alors qu’il aurait les mains menottées, causant ainsi une fracture de sa main droite.

Il a été ensuite conduit à l’hôpital militaire de Brazzaville où il a été plâtré et a reçu les premiers soins. Le 16 février il a été conduit au commissariat central de la Coupole où il est gardé dans un état pas normal.

Une source proche du dossier au commissariat de la Coupole a affirmé à l’OCDH que la battue de M. Mahamat Tahira eu lieu au commissariat de Mbochi (Poto-poto II).

Cas de Jean Edouardo Veloz

De nationalité angolaise, M. J.E Veloz, Président de la communauté angolaise dans le département du Niari, est mort à l’âge de 69 ans dans les locaux de la brigade territoriale N°1 de la gendarmerie de Dolisie, des suites d’actes de torture. Son arrestation ainsi que son placement en garde à vue n’a pas obéit à la législation en vigueur dans le pays.

En effet, soupçonné d’être auteur de la prétendue disparition d’un certain Mouanda, le 9 janvier 2016, M. J.E Veloz a été arrêté à son domicile aux environs de 19h 30 minutes. Des informations en notre possession, il a été conduit à une direction inconnue à la recherche de la personne prétendue disparue. Là, il a été sévèrement torturé. Se trouvant au chapitre de la mort, il a été conduit à la brigade de la gendarmerie puis placé en garde à vue pour maquiller le crime, mettant ainsi la responsabilité sur ses codétenus. M. J.E Veloz est décédé aux environnent de 4h du matin. Le corps sans vie a été retrouvé méconnaissable car portant des marques d’une violence de grande ampleur.

Les codétenus de M. J.E Veloz ont été déférés au parquet suite à une procédure initiée contre eux par la gendarmerie. Ils affirment que J.E Veloz est arrivé mourant dans la cellule, des simples titillations comme à l’accoutumée ne pouvait pas le conduire à la mort et défigurer son visage et lui porter des plaies sur le corps.

Les photos prises lors de son décès pendant l’examen physique de son corps sont sans équivoques. M. J.E Veloz est mort des suites d’actes de torture et traitements inhumains. Le rapport d’expertise médico-légale et le procès-verbal (mise en bière du corps à la morgue) établis par le Centre d’hygiène publique et de la promotion de la santé de Dolisie et la police attestent que, M. J.E Veloz est mort suite à une hémorragie cérébrale consécutive à la battue.

Tous les frais liés aux obsèques ont été supportés par les autorités congolaises.

Les oreilles enflées et ensanglantées, le coup et la tête, marqués par des traces de violences de grande ampleur.

Extrait du rapport d’expertise médico-légale, Centre d’hygiène publique et de la promotion de la santé de Dolisie.

Répression sanglante à Nkayi

Le 8 janvier 2016 à Nkayi, département de la Bouenza, la police a réprimé dans le sang (tirs à balles réelles) un groupe de lycéens non armés proche du marché de Nkayi. L’enterrement d’un lycéen est à l’origine de cette répression sanglante.

Comme à la accoutumée, les élèves et étudiants ont leur tradition d’animer la levée des corps sans vie de leurs collègues à la morgue le jour de l’enterrement. Pendant que des lycéens marchaient avec le cercueil, la police est intervenue pour vouloir les discipliner. Il y aurait eu des accrochages entre élèves et agents de l’ordre. Les élèves auraient procédé à des insultes et jet de pierre tandis que la police a fait usage de tirs de sommation en l’air et en direction des élèves, provoquant la mort d’un lycéen Nguizoulou Mboumba Tedy peu après l’opération et 3 blessés (Stève Loukeba, Kaya-kaya Darson et Mvoukani Bantsimba Dominique) tous en classe de terminal.

Les blessés par balles visités à l’hôpital de Base de Nkayi, © OCDH- le 18 février 2013

L’enquête menée par l’OCDH n’a pas identifié des cas d’incivilité sur les lieux de la marche comme l’ont invoqué certaines autorités locales à Nkayi. L’argument de la police selon lequel les balles utilisées seraient des balles en caoutchouc a été balayé par les médecins qui ont confirmé l’usage des balles réelles. Les premiers soins de santé ont été supportés par les autorités locales.

Le jeune lycéen, Nguizoulou Mboumba Tedy a été enterré en catimini sous escorte de la force publique le samedi 13 janvier 2016, craignant les « débordements des élèves ». Selon des informations en notre possession, aucune enquête ou action en réparation n’a été engagée jusqu’en date du 18 février 2016. Les auteurs ne sont pas inquiétés.

Cas de Noé Harelimana

Réfugié statutaire de nationalité rwandaise, Noé Harelimana est décédé dans la nuit du 1er au 2 février 2015 au commissariat central de police de Kilebila à Brazzaville, peu après son arrestation, à la suite d’actes de torture et de mauvais traitements qui lui ont été infligés par des policiers. Malgré plusieurs tentatives des policiers de dissimuler les faits et de les dénaturer, le cours des événements a pu être reconstitué grâce aux nombreuses démarches entreprises par les parents de la victime, l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH) et à plusieurs témoignages.

En effet, le 31 janvier 2015, des agents de police sont venus arrêter M. Noé Harelimana au domicile familial, peu après le match de la Coupe d’Afrique des Nations opposant le République du Congo(RC) à la République démocratique du Congo (RDC) et l’ont emmené au commissariat de police de Kibeliba. La main courante du commissariat porte la mention « les interpellés du match ».

Un des témoins ayant requis l’anonymat, a confié à l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) qu’il avait vu le jeune homme au commissariat. Il avait un visage marqué de blessures, souffrait au niveau de la colonne vertébrale et était tout fatigué. Il est mort dans la nuit du 1er au 2 février 2015.

Sans informer la famille, les policiers ont déposé le cadavre du jeune homme à la morgue municipale du Centre Hospitalier et Universitaire de Brazzaville. Les parents, prévenus de l’arrestation de leur fils par un codétenu libéré le 1er février, ont cherché à obtenir des renseignements au commissariat en vain. Mais ce n’est que le 5 février qu’ils ont pu identifier le corps de leur fils à la morgue. Son visage portait de nombreuses marques de blessures.

Les employés de la morgue ont dit aux parents que le corps de M. Noé Harelimana avait été déposé par les policiers en service au commissariat de Kibeliba et que pour expliquer le décès et les blessures apparentes, ils avaient invoqué un accident de circulation provoqué par un véhicule appartenant à une entreprise chinoise. Les parents et l’OCDH sont retournés au commissariat de Kibeliba et ont alors obtenu la confirmation que Noé Harelimana était mort en détention.

Le rapport d’autopsie établi par le médecin légiste atteste bien que Harelima Noé « est mort suite à des coups et blessures volontaires. Il s’agit d’un décès par choc traumatique et hémorragique ».

La plainte déposée au tribunal de Grande instance de Brazzaville n’avance pas. Le colonel Frédéric Barron BOUZOCK, commissaire au moment des faits, refuse d’obtempérer aux convocations des juges. Aucun policier n’est inquiété.

Cas Zadio (le nom a été changé en raison de la sécurité du réfugié)

M. Zadio est réfugié statutaire de nationalité rwandaise. Le 9 décembre 2015, il est interpellé alors qu’il était à bord d’un véhicule. Suite à une incompréhension entre lui et le policier en civil qui l’interpelle, il a été victime d’actes de torture et des traitements inhumains. Il a été battu et flagellé à l’aide d’un câble métallique devant les habitants du quartier auxquels il doit d’avoir la vie sauve, car ils ont empêché les policiers d’aller plus loin. Cette battue a fait perdre trois (3) dents à M. Zadio.

En effet, Zadio conduit un véhicule commercial appartenant à un patron privé. Le 9 décembre 2015 en pleine circulation au marché du lycée, il est interpellé par un homme en civil qui lui demande des papiers. Ne pouvant savoir si la personne est policière, Zadio refuse au début avant de le lui montrer les papiers.

Le policier en civil lui donne un coup à la tête. Voyant cela, le commissaire qu’on appellerait « Tyson » s’est approché, l’a pris à la gorge pendant que le policier en civil lui donnait des coups et l’a conduit au poste, un bâtiment en plein marché qui serait un poste de police avancé, mais non officiel. Là, le réfugié s’est retrouvé devant une équipe d’individus en uniforme de police et en civil. Le réfugié a par la suite été attaché à un poteau proche du poste et flagellé. « Toi, tu as déjà vu un congolais au Rwanda, au Mali ou au Sénégal faire tête à un agent de l’ordre…», lui aurait signifié un des policiers pendant qu’ils le battaient, laissant supposer un caractère xénophobe au motif de ces atteintes. Le réfugié a été relaxé après avoir versé une somme de 22.000F CFA dont 12.000F CFA apporté par sa femme et 10.000F CFA donné par un des habitants apitoyé.

Témoignage d’un commerçant (Témoignage sonore enregistré par OCDH sur le terrain)

HataDonal (le nom a été changé), réfugié RCA commerçant au marché du Lycée, a raconté à OCDH :

« Personnellement je n’ai pas vécu les faits au début mais j’ai été informé par téléphone le 7 décembre 2015 aux environs de 17 heures que mon frère a été arrêté par les agents de l’ordre du commissariat de police de Nkombo au marché du lycée. J’ai reçu l’information comme quoi, il est en train d’être roué des coups, il risque de mourir si vous n’intervenez pas.

Arrivé sur les lieux dans une maison inachevée proche du marché, j’ai été choqué de la position à laquelle je l’ai trouvé. Prêt à subir une pendaison. Il était attaché sur un poteau avec les menottes entrain de cracher du sang. Je trouve un de nos compatriotes entrain de proposer une somme d’argent à ses agents de police dont certains en civils d’autres en tenus pour qu’il soit libéré.

Ne supportant pas cela, je suis sorti et j’ai contacté Madame EDITH du service de protection du Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) pour lui informer de la situation. Impatient d’attendre les agents du HCR qui ne sont jamais arrivés sur les lieux, j’ai été obligé de repartir dans cette maison inachevée et nous étions obligés de verser une somme de 22.000 frs CFA pour qu’il soit libéré. Après s’être relâché, nous l’avons conduit dans un centre médical puis à l’hôpital de base de Talangaï pour les premiers soins ».

Cas Loïc Stevy Mayoussa

Agé de 15 ans, ce jeune collégien a été tué par balles dans le 2ème arrondissement de Dolisie, troisième ville du pays, le 6 décembre 2015. Cet assassinat est imputable à un agent de la police affirment plusieurs témoignages. Selon les informations recueillies, ce jeune homme était sorti la nuit pour étudier ses leçons sous les lampadaires comme il est de coutume dans les principales villes du pays. Son corps sans vie a été retrouvé criblé de balles. Les circonstances de cet assassinat n’ont toujours pas été élucidées. Encore moins, aucune enquête n’a été ouverte.

L’OCDH ignore si le jeune Loïc Stevy Mayoussa s’était mal comporté alors qu’il était sorti pour étudier. S’il aurait commis des actes inciviques, ses écarts de conduite ne justifient en aucun cas son assassinat. Ce crime est resté impuni, aucune enquête n’a été lancée.

Cas Ebonza Bolobo Medel

Le 24 juin 2015, M. Ebonza Bolobo Medel, conducteur de taxi-moto en séjour à Dongou, dans le département de la Likouala, décide de rentrer à Impfondo où il réside avec sur sa moto madame IKIA Valentine (nom d’emprunt pour raison de sécurité du témoin) commerçante vivant aussi à Impfondo, venue faire des achats à Dongou.

La veille de son passage, le 23 juin, deux policiers, les brigadiers chefs Iloki Raoul et Bourangon Sosthène Willy faisant illégalement le service de police routière à la sortie de Dongou pour rançonner les paysans aurait promis le pire à Embonza Bolobo Medel à son retour pour avoir refusé de leur verser de pots de vin pendant l’aller à Doungou.

A son retour, voulant franchir la barrière de circonstance érigée par les deux policiers, ces derniers décident de lui donner la mort à l’aide d’un gros morceau de bois faisant 4m 30cm de longueur et 40 cm de diamètres d’un côté et 48 cm de diamètres de l’autre. Lors de la reconstitution des faits à Impfondo, les agents de l’OCDH en mission ont recueilli plusieurs témoignages attestant le caractère violent du brigadier-chef Bourangon Sosthène Willy. Malgré la saisine des plus hautes autorités, les deux présumés auteurs sont libres de tout mouvement, ils ne sont pas inquiétés. Ils ont même été affectés dans d’autres localités du pays après le forfait. L’OCDH est partie civile dans cette affaire qui est restée sans suite au tribunal de grande instance d’Impfondo.

Sois-transmis du rapport. Commandant de la gendarmerie à M. le Ministre de la défense concernant le meurtre de M. EBONZA BOLOBO

Nature de la violation

Victime (s)

Présumé(s) auteur(s)

Date

Observations

1

Torture, châtiments corporels et traitements dégradants

CYIM Thales, 15 ans (nom changé)

Colonel Mbé Urbain et son fils un sous-lieutenant

Décembre 2014

OCDH et la victime ont été auditionnés par le juge instructeur. Le colonel Mbé Urbain n’a jamais répondu aux convocations du juge. Le juge instructeur a envoyé le dossier auprès de la Cour suprême pour obtenir la levée des immunités, sans suite.

2

Torture et traitements inhumains

Silas Okoye (nom changé)

Capitaine Néhémie Mongo, sergent-chef Oyombi

4 juin 2014

OCDH et la victime ont été auditionnés. Le capitaine Mongo Néhémie a été auditionné en novembre 2014. Le dossier a été transmis au parquet en janvier 2015. Le capitaine et le sergent-chef ne sont toujours pas inquiétés.

3

Torture et mauvais traitement

Joseph Ndikou (nom changé)

Policiers en service au commissariat central de police de la Mfoa (plateaux de 15 ans)

14 Novembre 2014

4

Torture ayant conduit à la mort en détention

Gaël Mboutou

Commandant Hugues Ondze Ovounda, ex-commissaire de Mpaka

17 février 2014

La plainte est restée sans suite au TGI de Pointe-Noire. Le commandant Hugues Ondze Ovounda n’est pas inquiété.

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