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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Brazzaville, toujours pas d'ambassadeur à Paris!

Publié par Arsène SEVERIN sur 3 Mars 2016, 12:13pm

Catégories : #France 2, #Paris, #Ambassadeur du Congo à Paris, #Congo-Brazzaville, #BrazzaPLUS

@L'ambassadeur congolais absent au Quai d'Orsay
@L'ambassadeur congolais absent au Quai d'Orsay

C’est en Juillet 2015, au cours de sa visite à Paris en France, que le Président Denis Sassou Nguesso avait acté le départ d’Henri Lopès de l’ambassade du Congo en France. Le célèbre écrivain-ambassadeur congolais a pris sa retraite et depuis presque huit (8) mois, le Congo Brazzaville n’a plus d’ambassadeur en France. En tous cas, son successeur n’a pas encore présenté ses lettres de créances au Président français. De quoi étonner plus d’un observateur au regard de l’importance de la place de Paris dans la diplomatie congolaise et internationale.

La France, c’est 181 missions diplomatiques étrangères et 23 organisations internationales dont les sièges sont à Paris ; la France, c’est aussi économiquement et militairement une puissance européenne et mondiale de premier plan, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies avec droit de véto ; La France, c’est encore l’ancienne puissance coloniale avec des relations privilégiées avec le Continent africain, en particulier avec les pays francophones, anciennes colonies comme le Congo Brazzaville ; la France, c’est enfin le premier partenaire économique et financier du Congo. Et Brazzaville était jadis sous l’occupation nazie, capitale de la France libre. La France est sans conteste un poids lourd de la communauté internationale avec qui il faut compter et Paris une place importante de la diplomatie mondiale.

Alors, le Congo peut-il se permettre aussi longtemps, et ce n’est pas fini, de ne pas avoir d’ambassadeur accrédité en France ? Le Congo manquerait-il de cadres ou de candidats d’envergure au point qu’Henri Lopès, l’auteur, entre autres, des « Tribaliques », et « Une enfant de Poto-poto » qui était resté 18 ans à ce poste et avait alors l’honneur d’être le doyen du corps diplomatique en France, soit devenu irremplaçable ? Des rumeurs avaient circulé sur la nomination à ce poste d’Alain Akouala Atipault, ancien ministre des Zones économiques spéciales, ancien ministre de la communication, mais le pressenti aurait été rattrapé par ses dérives verbales à l’égard de la France qui refuserait son accréditation. Info ou intox, peu importe puisque la situation n’en est pas affectée.

Force est de constater que l’écrivain-ambassadeur Henri Lopès n’est pas remplacé à cette ambassade, pourtant si stratégique pour le Congo. Sur quel type de diplomatie le Congo compte-t-il pour sa politique extérieure ? La diplomatie occulte et celles des réseaux parallèles a-t-elle supplanté celle qui est officielle ? On sait qu’elle a toujours eu une place essentielle dans les relations extérieures du Congo Brazzaville où les questions les plus importantes ou sensibles sont souvent traitées via les canaux diplomatiques parallèles. C’est l’empreinte personnelle du Président de la république, Denis Sassou N’guesso, qui y garde la très haute main depuis qu’il assume les plus hautes fonctions de l’Etat dans notre pays. Mais ce type de diplomatie a forcément ses limites et on ne pourrait s’en contenter longtemps. Que se passerait-il donc entre le Congo et la France pour que le Président Denis Sassou N’guesso ne puisse pas nommer et faire accréditer un ambassadeur du Congo en France ? La chaise vide ? Mais y a-t-on intérêt ?

La représentation diplomatique congolaise en France est certainement la plus sollicitée de toutes, celle confrontée à des enjeux et des défis de politique extérieure et intérieure congolaise les plus impactant sur le Congo. En effet, c’est en France que les Congolais nantis et les hautes autorités viennent recevoir les soins médicaux, impossibles au Congo qui, malgré ses fabuleuses ressources financières issues du l’exploitation pétrolière, n’a toujours pas construit un seul hôpital de bon niveau qui leur inspirerait confiance. Même si le Maroc se substitue progressivement à la France en matière de tourisme médical en raison des restrictions des visas d’entrée en France. C’est encore en France que cette classe de Congolais nantis choisissent de venir passer leurs vacances. Sur un autre registre, c’est aussi et surtout en France que la diaspora congolaise est la plus importante et la plus expressive. C’est de la diaspora congolaise de France que, depuis l’indépendance du Congo, les critiques les plus acerbes et les plus dures et les attaques les plus virulentes sont ourdis contre les autorités du Congo, et ce quel que soit le régime. De Fulbert Youlou à Denis Sassou N’guesso, ils en ont tous fait les frais. Du procès « des disparus du beach » au saccage de la chancellerie congolaise à Paris, en passant par les désormais récurrentes violences sur les personnalités politiques du pouvoir en séjour en France, la procédure en cours des biens mal acquis qui vise la famille présidentielle congolaise, mais aussi celle du Gabon et de la Guinée Equatoriale, la diaspora congolaise de France s’illustre comme politiquement la plus active, la plus turbulente, la plus menaçante, la plus intransigeante, la plus radicale vis-à-vis des autorités actuelles comme elle l’a toujours été avec les autres aussi. Ce sont les enfants terribles de la diaspora.

Ceci expliquerait-il cela ? Pas sûr. L’absence d’un ambassadeur du Congo en France arrangerait-elle les affaires des autorités congolaises actuelles ? Arrangerait-elle celles de la France officielle d’aujourd’hui ? La question n’est pas sans importance dans le contexte actuel de forte agitation politique où les congolais qui s’opposent regardent et scrutent comme d’habitude l’attitude de la France qui a montré plus d’une fois en 2015 son incohérence et son embarras au plus fort du débat congolais sur l’évolution des institutions nationales.

Qu’à cela ne tienne, l’ambassade du Congo Brazzaville en France ne peut et ne doit pas rester aussi longtemps sans être pourvue. La singularité de cette représentation, de par les enjeux et les défis particuliers qui découlent de sa position, requiert une action désormais urgente du Président de la république afin qu’une femme ou un homme de calibre adéquat y soit affecté.

Tsengué-Tsengué

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