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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Mounzéo : "L'armée ne doit pas servir les intérêts d'un clan" au Burkina

Publié par Arsène SEVERIN sur 23 Septembre 2015, 06:48am

Catégories : #Christian Mounzéo, #RPDH, #Burkina Faso, #BrazzaPLUS, #Ndjendere

@Christian Mounzéo
@Christian Mounzéo

Christian Mounzéo, président de la Rencontre pour la paix et les droits de l'Homme (RPDH), une ONG congolaise basée à Pointe-Noire, a salué, dans une interview exclusive à BrazzaPLUS, le courage et l'esprit républicain de l'armée bukinabè qui s'est rangée du côté des populations à la suite du coup d'Etat perpétré par une faction des militaires. Pour Christian Mounzéo, "une armée républicaine n'a pas vocation à servir les intérêts d'un clan", et c'est pourquoi les hommes du général putschiste doivent "répondre de leur forfaiture", quelle que soit l'issue des négociations.

Comment avez-vous réagi au coup d'Etat perpétré au Burkina Faso?

Ce coup d'Etat est sans conteste ignoble. Déja, il a été la cause des atteintes aux droits à la vie et à l'intégrité physique de plusieurs citoyens innocents, revendiquant simplement le droit à la démocratie et non à la violence. Il avait l'ambition de remettre en cause un processus transitionnel obtenu au prix du sang, pour lequel le consensus avait été obtenu. Il est vil parce qu'il voudrait continuer à inscrire l'Afrique dans une démarche perverse de retour en arrière et tenter de conforter une idée saugrenue selon laquelle l'Afrique ne serait pas mure pour la Démocratie ou qu'elle aurait sa propre démocratie, ce qui est simplement anachronique et faux.

Ce coup d'Etat, assis sur la volonté personnelle de conserver les privilèges renvoie une image très éhontée de l'Africain. Par principe, nous sommes opposés à toute prise de pouvoir par force et à toute initiative visant à contourner les règles établies pour assouvir des desseins personnels ou de groupes particuliers contre la volonté du peuple. Pour une fois, les Nations Unies, l'Union Européenne, l'Union Africaine ont condamné cette initiative barbare que nous dénonçons.

Votre appréciation par rapport à l'action de l'armée depuis mardi matin?

L'action de l'armée est appréciable pour son esprit républicain. En effet, bien que sur le tard, elle s 'est rangée du côté du peuple, et cela est appréciable. Aujourd'hui, l'armée en négociant avec le général félon et sans honneur qui a souhaité déstabiliser la transition, ne doit pas perdre de vue que ce dernier et ses hommes devront répondre de leur forfaiture. Une armée dans une République n'a pas vocation à servir les intérêts de clan, elle est justement républicaine parce qu'elle défend la cause de la communauté, celle du peuple et non de groupuscules intéressés responsables des abus et autres atteintes à la dignité de la personne humaine. Nous soutenons cette réaction de l'armée de façon qu'elle accompagne à son terme le processus de transition, et plus généralement le processus de démocratisation en cours.

Un accord a été conclu entre les putschistes et les chefs d'Etat de la CEDEAO. Comment vous trouvez ce texte, vous de la société civile?

Il s'agit d'un projet d'accord. A écouter le mouvement citoyen qui s'y est opposé, et en entendant le président de transition affirmer n'avoir pas été associé, on peut s'interroger sur son objectivité. Au delà, aucun accord dans ce type de condition ne peut être acceptable dès lors qu'il consacre dans le principe l'impunité en faveur de ceux là même qui sont à l'origine des crimes. Ces criminels ont tué et blessés des burkinabés non armés qui ont eu pour seul tord le souci de défendre pacifiquement leurs acquis démocratiques. Considérer une amnistie dans ces conditions reviendrait à accorder le droit de tuer à l'avenir. Il est bon pour les militaires, les policiers, les gendarmes composant nos forces de défense d'intégrer une fois pour toutes que leur présence n'a de sens que lorsqu'elles défendent la république et la protège aussi bien des agressions extérieures qu'internes venant de ceux qui violent les règles établies, les lois et autres règlements. Leur objet n'est pas de tuer les citoyens fussent-ils opposés au gouvernement. E surtout pas un gouvernement qui veut s'imposer par la violence contre l'avis du peuple. Cet accord est mauvais, un militaire qui a encore son honneur, s'assume et répond de ses actes.

La loi électorale, semble-t-il, consacrant le rejet des candidats pro-Compaoré. Etes-vous préoccupé par l'application des lois politiques dont la constitution en Afrique?

Le problème, c 'est qu'ici la crise est née de la tentative de violer la loi, de la dompter et de la piétiner dans l'intention de se maintenir au pouvoir. Ainsi se justifie le départ de Blaise Compaoré, qu'il faut le dire, n'a pas été seul dans cette aventure. Il a été soutenu, voire inspiré. Les mêmes qui auraient pu conseiller le président de se retirer au terme de son mandat veulent faire comme s'il ne s'était rien passé. Au fond, quoi que l'exclusion soit source de frustration, il revenait aux pro-Campaoré d'assumer leurs errements, de faire amende honorable en recherchant dans la contrition les opportunités de rebondir plutôt que de susciter un coup d'Etat et de le bénir. N'oublions surtout pas que nous sommes dans un contexte de transition qui doit encore en finir avec les travers de la gouvernance Campaoré. Autrement, les changements et autres aspirations du peuple burkinabé seraient vains avec un retour de l'ancien régime. Les constitutions faites ne doivent pas servir de décoration. Elles sont un repère pour organiser la vie au sein de la République. A ce titre, elles demandent à être mises en œuvre, à être respectées dès lors qu'elles sont des outils du peuple qui d'ailleurs les adopte. La tentative de concevoir des constitutions taillées sur mesure est un non sens. Celle de ne pas respecter la constitution parce qu'elle ne nous 'arrange pas ou plus est criminelle.

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