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BrazzaPLUS

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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Débat sur la constitution : Où sont nos intellectuels?

Publié par Arsène SEVERIN sur 5 Janvier 2015, 18:10pm

Catégories : #Politique

Université, forge des intellectuels congolais
Université, forge des intellectuels congolais

Le débat sur le changement ou non de la constitution poursuit son chemin, envenimant les relations politiques et parfois sociétales. Il est aujourd'hui animé par les jeunes, les femmes maraîchères, les responsables de partis politiques, les sages et les rois, les ex-combattants, les creuseurs de rats, les récolteurs de vin de palme, les chefs de villages et de quartiers, parfois par les femmes vendeuses au marché. Mais où sont nos intellectuels, lumière du pays, pour éclairer la société sur une affaire si importante?

Les constitutionnalistes se sont terrés depuis que le débat a pris corps dans le pays. Ils interviennent laconiquement dans les petits foras, comme celui qu'a organisé en juin dernier une association basée à Brazzaville, l'Oeil Neuf que dirige Jean Didier Elongo, lui-même juriste de formation. S'ils avaient peur depuis là pour parler, investir et enrichir ce débat, he bien le président Denis Sassou N'Guesso a lancé depuis le 31 décembre 2014 un appel au débat et à la confrontation des idées que personne n'empêchera plus dans le pays.

Comment! Qu'un si haut débat soit tombé si bas? Où sont les intellectuels? Nos Denis Diderot, nos Jean Jacques Rousseau, nos Jefferson tant chanté par les constitutionnalistes? Où sont ces brillants garçons formés à Marien Ngouabi, arrachant des notes parfois incroyables, 17 sur 20 ou 18,5 sur 20 pour un devoir de Droit? L'heure n'est pas encore arrivée pour parler?

Le débat sur la constitution est tombé, juste après son lancement en avril 2013 à Dolisie, très bas, entre les mains de ceux qui ne devraient pas le saisir. D'abord de ceux qui l'animent aujourd'hui, nombreux n'ont jamais vu la couleur de la constitution. Certains ne l'ont même jamais touchée, cette constitution. D'autres encore gardent jalousement les vieux échantillons de la campagne référendaire de 2001-2002, très loin de la copie originale qui fait aujourd'hui débat. Les cultivateurs de manioc ne le savent pas, surtout pas les éleveurs de chèvres au village. Le débat est hautement scientifique, les universitaires devraient tout d'abord le saisir, le polir, le cadrer avant qu'il ne rampe dans la rue, chaque politicien ajoutant l'épice qui lui semble bon.

Le silence des universitaires, notamment ceux de la prestigieuse Faculté de Droit de l'Université Marien Ngouabi est quasiment inexplicable. Sous d'autres cieux, la société ou les librairies congolaises (même celles de la rue) seraient gavées de diverses publications soutenant ou pas le changement de la constitution. Mais nos intellectuels juristes voient les choses de loin, ou expriment juste leur propre point de vue politique, loin de la pure science qui est le Droit. Que cachent-ils? Espèrent-ils faire du mal en menant ce débat de façon sophiste? Bien que les conditions de formation soient rudes à la faculté de Droit, cela n'empêcherait pas d'avoir des constitutionnalistes de la taille de Nestor Makondzi Wolo! Pour ne pas les citer un après un, les Marrion Michel Mandzimba Ehouango, pensent-ils que les posts qu'ils font chaque jour sur Facebook peuvent éclairer toute une société, même estudiantine soit-elle?

Et les Placide Moudoudou, le kidoyen-là c'est pourquoi? Et les autres, les Félix Bankounda-Mpele, les Fred Matoko? On sait aussi que certains historiens ou philosophes du Congo ont la maitrise de la science du Droit comme les Zacharie Bowao ou les Grégoire Lefouoba, les Camilles Bangou ou les Serge Ekiemy.

Martin Mberi, ancien avocat, a pu publier une réflexion sur la question. Cette brochure énonce des pistes importantes pour une réflexion ou une action de masse. Et s'il y en avait bien d'autres, des dizaines? A défaut, le président El Hadj Djibril Abdoulaye Bopaka a publié sa constitution, fruit de la réflexion de son groupe. Et pourtant, il aurait été bon qu'il publie d'abord une orientation sur la question (un livre avec plein d'arguments) avant de boucler la boucle par la constitution elle-même, preuve que ses rédacteurs auraient compris et partagé le problème à d'autres Congolais. Or les consommateurs ne s'intéressent même pas à cette fameuse constitution made in Bopaka. Les canaux scientifiques n'ont pas été respectés. Le colonel Michel Innocent Pea a aussi publié une réflexion, avec ses arguments, parfois qui ne disent pas les choses clairement, mais piègent le lecteur entre véritablement "le bon sens et l'alternance absolue", on choisit quoi? Depuis, il fait le tour du monde pour expliquer son livre, fruit de sa réflexion logique. Sous la barbe des intellectuels! Putain!!!

Ceux qui ont étudié les disciplines proches du Droit pur comme les sciences politiques, les sciences sociales ou…ne sont-ils pas capables de penser qu'il est temps de tenir le débat pour éclairer la société? Pourquoi plusieurs personnes ramènent étonnement ce débat à la personne de Denis Sassou N'Guesso qui, semble-t-il, s'attend à un troisième et impossible mandat? He, bien parce que les juristes n'ont pas tracé le chemin. Le débat aurait pu être serein si les juristes, en des écoles différentes, en de doctrines opposées avaient, lancé leur propre débat sur l'opportunité ou non de changer la constitution de 20 janvier 2002. Ce débat serait né sans malformation génétique, ni même suspicion sur le nom du père...

Pris de cours par les politiciens qui ont injecté le ver dans le fruit, les juristes se rangent derrière les politiciens. Qui pour le Parti congolais du travail (PCT) de Pierre Ngolo, qui pour le Parti social démocrate congolais (PSDC) de Clément Mierassa. A la fin, c'est la cacophonie, aucun argument sûr et clair. L'UPADS de Pascal Tsaty Mabiala, le MCDDI de Guy Brice Parfait Kolelas, le CAP de Jean Itadi, le Collectif des partis de l'opposition, l'ARD de Mathias Dzon, et tout ce que l'on sait disent NON au changement de la constitution. Le PCT et certains alliés de la Majorité présidentielle, certains partis du Centre eux disent qu'il faut changer, donc OUI. Mais pourquoi? Les arguments c'est la politique! Ho, non à cause de… ho, non parce que...

Certains pensent que c'est suffisant de dire que la constitution de 2002 a déjà fait son temps, ou simplement elle confisque tous les pouvoirs entre les mains d'une seule personne. Kiekiekiekie! Mais qui est allé un jour dire de vive voix à Denis Sassou N'Guesso qu'il avait tous les pouvoirs et que eux n'avaient rien? A l'assemblée nationale et au Sénat, les gens applaudissaient, au gouvernement, c'était bien! Ce n'est pas trop consistant comme argument, les gars!

D'autres pensent que tout est clair lorsqu'ils disent que les articles 57, 58 et surtout 185 sont clairs et verrouillent tout, notamment la possibilité d'un troisième mandat à plus de 70 ans. Damé et donc on n'y peut rien! Mais est-ce que c'est vrai? On n'y peut vraiment rien même au travers d'une loi organique? Là aussi argument-éventaille que chantent les politiciens à tout bout de chant!!!

Ceux qui ont étudié ces choses doivent dire aux Congolais, sans politique, sans passion et sans duperie, le chemin à suivre. Ce n'est qu'après que les autres membres de la société suivront le débat. Les politiciens le récupéreront pour leur parti, la société civile (s'il y en a encore) pour leurs activistes et les journalistes pour leur public. Il ne peut en être autrement. Et le débat pourra tranquillement atterrir, touchant les autres couches de la société dans les champs de manioc ou d'arachide, les prairies de chasse ou les campements de pêche! Le reste c'est simple : le OUI c'est le rouge, le NON c'est le noir! Et la chanson est connue, "Toko voter rouge"!

Chaque fois que le Congo a été face à son destin (la conférence nationale, les différentes guerres civiles), les intellectuels l'ont abandonné seul. Ils n'ont rien prédit ni même faire le bilan avant de se projeter dans le futur. Souvent ce sont les militaires qui écrivent leur propre histoire de guerre, sans méthodologie ni objet précis. Les politiciens aussi ajoutent la dose qui leur convient. Les amoureux de la pensée logique et critique sont nulle part.

Et quand c'était la crise économique et financière de la fin des années 80 ou du début des années 90, les économistes ont aussi préféré économiser leurs stylos, et le Congo est allé droit dans le mur! Finalement, les intellectuels, à quoi ça nous sert?

Doyen Fac de Droit

Doyen Fac de Droit

Etudiants à la fac de Droi

Etudiants à la fac de Droi

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marcel ML 16/01/2015 22:05

A GAZI. OK pour l'info. Je vais m'en procurer. Cpdt, il faut avouer que c'est timide et coupable pour un débat de grande importance comme celui là. J aurai aimé les voir plus sincères qu'anonymes. Le débat est ouvert, grandement ouvert sur les médias. Il faut qu'ils inondent eux aussi la " place" par des débats sur les médias, les mêmes que les politiques( SANS EXCEPTION) utilisent. Arguments contre arguments, ça nous aiderait à trier et à nous faire une idée claire et précise sur les tenants et aboutissants. La ! je suis dans les nuages, sauf à moi mes convictions politiques. Car je le suis aussi et je le demeurerais.

NGAZI 17/01/2015 22:27

Marcel, j'espère que tu as trouvé mon info et, tu reconnaîtras que c'est tout sauf timide. C'est même plutôt hardi et je suis convaincu qu'en raison de son argumentation percutante, ce genre d'analyse ne peut passer sur les médias congolais qui restent tout de même fermés. En tout cas, cherchant à en savoir plus l'auteur de cette étude, j'ai dans le même sens trouvé sa contribution orale, en vidéo, sur le même sujet, au cours d'une Table ronde de la diaspora congolaise à Lyon le 1er novembre. Je ne sais pas comment t'indiquer la recherche, peut être en mettant son nom ou contribution de Félix BANKOUNDA à la table ronde de LYON. Je ne sais plus exactement comment j'y suis arrivé mais c'est percutant.

marcel ML 16/01/2015 21:49

Le droit est comparable à une forêt, une grande forêt comme le Mayombe. Dans une forêt comme le Mayombe, il bien connaitre les pistes et les endroits dangereux, les lieux interdits; autrement dit vous avez la chance de se retrouver face à face avec un félin. Peut être encore piégé par un gros reptile. Ceux qui ont étudié le droit devrait servir de lumière pour éclairer le débat et permettre ainsi aux autres intellectuels de comprendre tous les enjeux. Pour le moment, seuls les politiques ont ouverts le débats à tord ou à raison. Les juristes, les avocats, les constitutionnalistes sont muets, tous muets. Les politiques et le "peuple" sont très bavards. Meeting ici; réunion là et tout bouillonne.

NGAZI 14/01/2015 02:39

C'est curieux mais il me semble pourtant avoir lu une bonne et assez édifiante étude de M. Bankounda Mpélé justement sur la question constituionnelle au Congo sur les sites congolais et dans la Revue Politique et Parlementaire. Et l'auteur de cette réflexion semble l'ignorer. L'étude dont je parle, de M. Bankounda est intitulée "Passe-passe constitutionnel en Afrique" je crois et porte en fait sur les contradictions des juristes et politiques congolais sur le sujet. Je pense que vous la trouverez en ligne. En tout cas, je vous la recommande et vous ne serez pas déçu, je crois...

Mankou 07/01/2015 17:15

Vous comprenez aisément que le Congo n'a pas d'intellectuels. Ils courent juste après les diplômes, ce qu'ils en ont fait après on ne sait pas. C'est la honte!!!

Marcel LM 14/01/2015 14:02

OK. Disons mieux nos constitutionnalistes et ceux qui ont fait droit sont muets; eux qui ont cette matière au premier plan de leur quotidien et qui sont habiletés à éclairer les autres intellectuels, ainsi que le peuple. Car le droit, c'est comme une forêt( Mayombe), on ne s'y engouffre pas par plaisir sinon on s'y perd ou on peut se retrouver face à un félin. Et, puis....

marcel M L 06/01/2015 18:04

Evidemment vous avez raison sur toute la ligne de votre analyse. Où sont vraiment nos constitutionnalistes ? Nos intellectuels(les)? Dommage pour notre pays!

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