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BrazzaPLUS

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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Regard particulier de Jean Claude Allanic sur la presse d'aujourd'hui

Publié par Arsène SEVERIN sur 12 Novembre 2014, 13:06pm

Catégories : #Culture

Jean Claude Allanic
Jean Claude Allanic

Cet ancien de France 2 où il a été pendant cinq ans médiateur voit les choses autrement. Avec humour et allégorie, il explique comment il entrevoit l'Avenir de la presse dans les vingt ans à venir.

Zoé est née le 4 novembre 2014. Maxime le 30 juin 2010, Clément le 3 août 2012. J’ai l’habitude d’acheter pour mes petits-enfants les journaux du jour de leur naissance pour les leur donner quand ils auront 20 ans.

Quel regard porteront-ils sur cette actualité du passé ? Quand Maxime est né, l’affaire Bettencourt occupait toutes les « unes ». Des juges accusaient Nicolas Sarkozy d’avoir abusé de l’état de faiblesse de la milliardaire nonagénaire pour lui extorquer de l’argent. C’était faux. On s’interrogeait aussi sur les limites de l’indépendance politique de l’audiovisuel public. C’était vrai. Quand Clément est né, la plupart des journalistes étaient en vacances. On ressortait donc les marronniers sur la galère des départs en vacances sur fond de dettes monétaires européennes et la droite réclamait la suppression des 35 heures qu’elle n’avait pas supprimées quand elle était encore au pouvoir.
Dans les années 30, que penseront-ils de la manière dont on informait autrefois l’opinion ?
Dans une vingtaine d’années, les journaux de presse écrite seront-ils encore des objets identifiables ? Auront- ils disparu, comme les dinosaures, faute d’avoir su s’adapter ?
Il y aura certainement encore des médias. La technologie permettra probablement d’être informé en temps réel, tout le temps et partout, sur les supports numériques qui équiperont tous nos murs et objets.


Y aura-t-il toujours des journalistes ?


Dans vingt ans, quand Zoé se penchera sur la presse de cet automne de 2014, elle ouvrira probablement en premier « Le Monde » dont on lui expliquera qu’il fut, du temps de son fondateur Hubert Beuve-Méry, le quotidien français de référence. « Sirius » comme il signait ses éditoriaux, exigeait rigueur et sérieux. L’homme était austère, indépendant, honnête dans son métier comme dans sa vie personnelle. Le contraire d’un affairiste.


Au fil des ans, « Le Monde » était devenu le journal de la bien-pensance de« l’establishment ». En 2014, trois hommes d’affaires « de gauche » en étaient propriétaires. Car, en ces temps-là, certains milliardaires n’aimaient pas les « riches » et se croyaient de gauche ! Ils faisaient partie de la classe des « bobos », avatars de la « gauche caviar » au temps de Mitterrand. On les reconnaissait parce qu’ils ne portaient pas de cravates et que leurs références culturelles étaient « l’esprit Canal+ ». Ils se déplaçaient en « quatre quatre » et en jets privés et avaient naturellement la fibre écolo. Tout aussi naturellement, ils investissaient évidemment dans la presse qui aimait les bobos. Les autres milliardaires qui, eux, aimaient les riches investissaient plutôt dans la presse qui aimait les riches, les politiciens de droite, les avions Rafale et les armes en tout genre. Mais les uns comme les autres aimaient bien tous les députés qui défendaient leurs intérêts.


Avant que Zoé ne se plonge dans la lecture du seul quotidien du soir de l’époque, il faudra aussi lui expliquer ce détail : le journal paru le jour de sa naissance n’est pas celui daté du 4 novembre mais celui daté du lendemain 5 novembre– précision utile pour s’y retrouver dans la chronologie de l’actualité.


Zoé sera à coup sûr attirée par le dessin en « Une » du talentueux Plantu. Un dessin où une diseuse de bonne aventure prédit dans sa boule de cristal « une vie dingue et une croissance (économique) pas possible » pour les années à venir. Souhaitons-le aux jeunes générations. Mais il faudra lui expliquer que Plantu se moquait des promesses faites à Bruxelles par un président de conseil général de Corrèze devenu président de la République par erreur de casting.


Il faudra également la mettre en garde sur le titre d’une photo qui s’étale largement à la « une » du « Monde » : « Christopher Nolan se perd dans l’espace ». On pourrait croire à une terrible tragédie en train de se dérouler dans l’espace. Rassurez-vous, il ne s’agit que d’une accroche un peu racoleuse sur un film hollywoodien.


La lecture de la presse parisienne du matin lui permettra-t-elle de mieux comprendre ce qui se passait d’important en France et dans le monde en 2014 ? Commençons par le quotidien ayant le plus fort tirage (312 000 exemplaires pour 66 millions de Français), « Le Figaro »* - le titre le plus ancien de la presse française, le seul à avoir refusé de paraître sous l’Occupation. Ce quotidien – propriété du sénateur de droite et marchand d’armes Serge Dassault - arborait en exergue cette belle citation de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » ; ce qui n’en faisait pas pour autant un journal très contestataire.


Ce jour-là, sa « une » était consacrée au barrage de Sivens dans le Tarn. Une grosse retenue d’eau jugée utile et bénéfique pour l’agriculture par le conseil général du Tarn, inutile et néfaste pour l’environnement par des écologistes soucieux de la survie de deux ou trois petites bêtes. Un militant fut tué par une grenade lancée par un gendarme. Ségolène Royal qui était ministre socialiste de l’écologie et accessoirement la mère des enfants du président de la République en exercice allait-elle céder aux « verts » qui étaient les alliés du parti socialiste tout en étant de farouches opposants à ce même gouvernement socialiste ? Vous suivez ? Question au passage : c’était quoi un conseil général ? « Le Figaro » évoquait par ailleurs l’avenir politique de Marine Le Pen, la chef du Front National, le premier parti de France sur le plan électoral en 2014. Comme le parti communiste fut, autrefois, le premier parti de France.


Comment diriger un pays où il y a plus de 300 variétés de fromages comme disait De Gaulle et gouverner une démocratie où un électeur sur cinq vote pour des partis extrémistes pendant que les autres partis « classiques » se partagent les susdits fromages de la République ?


Passons au « Parisien », journal populaire plutôt bien fait, qui réussissait à satisfaire ses lecteurs de gauche comme ceux de droite. Il faut dire que les faits divers, les « faits de société » et les potins qui constituaient son fonds de commerce ont une valeur marchande universelle. « Les quadras en galère », y apprenait-on, ce jour-là, « cherchent des colocataires ». Car la capitale est devenue une ville de célibataires. Face à des loyers exorbitants, on tente de se partager les logements : devra-t-on bientôt instituer des appartements collectifs comme au bon vieux temps de l’URSS ? Un autre évènement très parisien s’est déroulé dans le XV°, l’arrondissement de naissance de Zoé. Frigide Barjot a été mise « à la porte de son HLM mais pas à la rue » (ouf !). Frigide ? Drôle de prénom. Barjot ? Frigide peut-être, barjo sûrement. Avec son mari Basile de Koch et son beau-frère Karl Zéro, la dame a été dans la mouvance très tendance gaucho-bobo de « l’élite parisienne » jusqu’au moment où elle s’est voulue la pucelle des « anti-mariage gay ». Comme beaucoup de gens « en vue » et aisés, elle avait obtenu un logement social de la ville de Paris. C’était comme ça dans la France de Mitterrand et de Chirac. Mais manifester contre le mariage « pour tous » méritait bien une expulsion. C’était aussi comme ça sous la France de Hollande. On ne va pas pleurer !


Venons-en à « Libération », pas celui de la Libération et du résistant d’Astier de la Vigerie mais l’héritier quelque peu moribond de mai 68. En vieillissant,« Libé » s’est embourgeoisé. Normal et pas plus mal quand on pense à ces intellectuels qui l’ont porté sur les fonts baptismaux le « petit livre rouge » à la main ; c’était du temps où les « révolutionnaires » de la « gauche Mao » applaudissaient aux autodafés !


De perte des lecteurs en plans sociaux et de plans sociaux en perte de lecteurs et de journalistes, le journal de la gauche-canabis survivait plus ou moins bien grâce, entre autres, à l’argent des Rothschild. Obama « cible » des républicains américains occupe toute sa « une ». Le président démocrate risquait« de perdre sa majorité aux élections de mi-mandat » (il la perdra). Barak Obama était, disait-on, le premier président noir des Etats-Unis. « Yes we can » était son slogan de campagne. Ce fut un beau moment et une belle image de la démocratie américaine même si, né d’une mère américaine blanche et d’un père kenyan noir, il était plus métis que noir. Etre à moitié blanc, à moitié noir, ne l’empêchait pas d’être la cible de la race odieuse, stupide et malfaisante des racistes.

Le premier président américain noir né de père et de mère noirs, descendant d’esclaves, ce sera pour plus tard, sans doute bien après l’élection d’une femme à la Maison Blanche.

Journal à part dans la presse, « La Croix » s’intéresse aussi, ce mardi, à l’usure du pouvoir d’Obama et au dialogue entre chrétiens et musulmans. « La Croix » est un journal charitable, dans tous les sens du mot. Ses journalistes croient au bon Dieu (comme quoi les journalistes peuvent être crédules). Un Dieu qui nous demande de nous aimer les uns les autres, ça change des Dieux qui veulent imposer leur foi par l’enfermement des femmes, les interdits et l’égorgement des otages.

Le journal catho était le seul à s’intéresser régulièrement au continent africain- aujourd’hui avec une pleine page sur l’épidémie d’Ebola au Libéria. Car pendant que les parisiens cherchaient des colocataires, que l’ancien ministre français de l’économie (il s’appelait Pierre Moscovici) du gouvernement Hollande, devenu un chef de l’économie au niveau européen, dénonçait la politique du gouvernement Hollande qu’il avait lui-même mis en œuvre, et qu’on se répandait sur la nécessité ou non d’une retenue d’eau dans le Tarn, les Africains mouraient par milliers. Il est vrai qu’ils avaient une certaine habitude des malheurs entre l’esclavage, la faim, les aspects sombres de la colonisation, la corruption, le climat, le paludisme, la malaria, le sida, et l’islamisme radical.

L’Afrique était présente également, au « 20 heures » de France 2 avec un poignant reportage sur les scandaleuses conditions d’exploitation d’une mine de coltan au Congo Kinshasa. Le coltan sert à fabriquer le tantale, un métal entrant dans la composition des puces de nos téléphones portables. Les mineurs y travaillent douze heures par jour, dans d’effroyables conditions, dans une chaleur écrasante de plus de 40°, pour l’équivalent de quelques euros par mois (en France, les quotidiens sont vendus entre 1,10 et deux euros et le SMIC horaire brut est à 9,43 euros). Chaque mois, on déplore environ cinq morts et une cinquantaine de blessés. La mine sert de tombe à ceux qui meurent sous les effondrements. La même barbarie que celle vécue par les mineurs dans la France du XIX° siècle, décrite par Zola et combattue plus tard par Jaurès et son journal « L’Humanité ».

Je n’ai pas trouvé « L’Humanité » dans les kiosques. Le journal, qui fut celui de la classe ouvrière et l’organe central du parti communiste français quand le PCF était le premier parti de France, a perdu peu à peu ses lecteurs, ses électeurs, la faucille et le marteau qui ornaient son titre, sa raison d’être, et , très vite, un certain grand-père qui y fit ses premières armes professionnelles et y obtint sa carte de presse (numéro 29129).
A la « une » de l’ombre de ce que fut « L’Huma », un appel du syndicat CGT à la grève dans les transports « contre la transition énergétique (qui) déraille ». Pas très clair. Ce qui est clair, en revanche, c’est que les transports ont fonctionné normalement. Un autre titre s’en prend « au mensonge du gouvernement sur le budget de la France ». Comme les écolos, les communistes ont fait élire le pouvoir qu’ils dénoncent maintenant. Se seraient-ils fait avoir ?


J’aurais aimé citer « France Soir » qui tirait à plus d’un million d’exemplaires quand j’étais jeune (il est vrai que cela remonte à déjà loin). Quand Maxime, le cousin de Zoé, est né, il y a quatre ans, « France-Soir » survivait grâce aux perfusions financières de l’Etat (ce qu’on appelait les « aides à la presse pour, prétendait-on, préserver le pluralisme). Quand son autre cousin, Clément, est né il y a deux ans, c’était le quotidien économique « La Tribune » qui rendait l’âme. Les deux titres ont définitivement disparu des kiosques. Dans le même temps, les tirages de l’ensemble des journaux diminuaient de 10 à 15%.
A qui le tour ?

La disparition programmée de la presse écrite ne signifie pas systématiquement la mort de l’information. Mais c’est, à tout le moins, l’affaiblissement d’une certaine manière d’informer qui avait pour ambition d’expliquer la complexité de l’actualité et faisait appel à la réflexion des lecteurs. Ni la télévision, ni la radio, ni internet, ni les réseaux sociaux ne pourront le faire aussi pleinement. La logique de ces médias de l’instantanéité et de la fugacité les amène forcément à privilégier le spectaculaire et l’anecdotique, le superficiel sur l’essentiel, l’émotion sur la raison, le retour publicitaire sur investissement plutôt qu’une coûteuse et parfois dérangeante quête de la vérité.


Dans ce contexte, les journalistes de radio et de télévision comme ceux des « nouveaux médias » et des « pure players » font ce qu’ils peuvent pour exercer au mieux leur mission. J’en témoigne pour la télévision publique après 28 ans passés à la rédaction d’Antenne 2/France 2 (dont cinq années comme médiateur de l’information).
La plupart des journalistes ont conscience de leurs responsabilités et de leurs devoirs vis-à-vis du public. Quelquefois malmenée, la déontologie restait un repère professionnel fort, même si les conditions d’exercice du métier se détériorent sous la pression d’une société de consommation qui ne raisonne qu’en termes de « cibles » publicitaires et commerciales.
Comment évolueront la presse et les journalistes ? En 2014, la baisse permanente des ventes des journaux de presse écrite, l’information prédigérée et répétitive des JT et des radios - le tout aggravé par la domination d’une pensée unique et politiquement correcte- augurent mal de l’avenir. A l’image des tweets, les futurs reporters devront-ils couvrir l’actualité du monde en moins de 140 caractères ? Où en seront les descendants des Albert Londres, des Pulitzer et des Beuve-Méry en 2034 ? Zoé, Maxime, Clément et les autres, au secours !

* Le journal régional de la Bretagne et de l’ouest de la France « Ouest-France » est en fait, en 2014, le premier quotidien français avec un tirage moyen de 750 000 exemplaires. Y aurait-il un lien entre la qualité d’un journal et ses ventes ?

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