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Actualité du Congo-Brazzaville. Le Blog de Arsène SEVERIN spécialisé dans l'information générale, l'analyse et la critique sur les événements au Congo-Brazzaville, en Afrique et dans le Monde. Souvent avec grand humour!


Les sapeurs et les monuments de Brazzaville dans l'objectif de Francis!

Publié par Arsène SEVERIN sur 21 Octobre 2014, 11:53am

Catégories : #Culture

Le Photographe Francis Kodia
Le Photographe Francis Kodia

Autodidacte, le Congolais Francis Kodia a gravi une à une les marches de la photographie jusqu’à exposer aujourd’hui ses œuvres en France. Portrait.

C’est dans un café libanais à Barbès dans le 18e arrondissement de Paris que Francis Kodia, photographe congolais de 40 ans, accepte de nous parler. C’est non loin de l’hôtel où il a posé ses valises pour quelques jours. Ni le temps maussade ni l’air frais de cette soirée ne découragent sa silhouette efflanquée, hâtive en traversant l’avenue qui grouille de voitures, de motos, mais surtout de monde pour rejoindre le lieu du rendez-vous. « Il n’y a pas de questions tabou avec moi », plante-t-il ainsi le décor d’une voix chansonnante.

De passage en France, Francis expose des photographies à Chatou en région parisienne, dans le cadre des assises des Yvelines où le Congo est à l’honneur. « La sape et les monuments de Brazzaville » est le thème de la photographie réalisée par ce jeune banlieusard de Mfilou, un des plus pittoresques quartiers de la capitale congolaise. En fait, il s’agit des images des gens qui s’habillent en costumes, mettant en avant les griffes des vêtements.

Sur une photographie par exemple, le président des sapeurs du Congo, veste blaser rouge, cravate tissée verte et les chaussures en croco pose devant le célèbre rond-point Poto-Poto, dit monument de la France-Libre. ‘’Diken’’, un autre célèbre sapeur de Brazzaville étale sa fringue, un smoking Johny Versace marron, devant le Nabemba, une tour de 30 étages construite dans les années 1980 par l’ancienne métropole. « Cette façon de marier les griffes et les couleurs, c’est la sape, la touche congolaise. Devant les monuments de Brazzaville, elle s’exprime beaucoup mieux », explique le photographe en vantant ses œuvres.

Accoudé sur la table, Francis arbore un manteau gris qui lui pend jusqu’aux mollets. Un habillement anodin terminé par des sandales sans nom à la Ouest-africaine aux pieds ! Lui n’est pas sapeur. On le voit bien ! Mais il est viscéralement à l’affut de ces jeunes toujours bien habillés. C’est seulement cette année que Francis travaille sur les sapeurs brazzavillois. Un effet de mode, dira-t-on ! Et pourtant c’est bien plus une création de cet artiste à la tignasse ressemblant à un Bob Marley ou à un Luky Dube. « Non, ils ne m’ont pas influencé et je suis plutôt friand de la musique religieuse », réclame ce fils de ménagère sirotant en même temps son jus d’orange dans le grand vacarme de Barbès. C’est en 2012 qu’il s’est tapé ce nouveau look de cheveux. « J’ai eu du mal à le reconnaître, tellement qu’il a changé », commente Becky Tsiba sur la page Facebook du photographe.

Pendant l’entretien, Francis n’arrête pas de caresser son appareil Nikon 3200, une merveille de High Tech qui lui permet de réaliser toutes ses photographies. « Je rêve plus grand, un Nikon pro me permettra de voir le monde en miniature », indique ambitieusement ce garçon qui a grandi à Moukondo, un quartier chaud de Brazzaville. S’il n’est pas sûr de dire que chez les Kodia la photo est dans la fibre génétique, son père André, un agent comptable dans une société forestière, a tout de même un fort goût pour l’image.

Rien ne prédisposait pourtant Francis, membre d’une famille de 24 enfants, à devenir photographe. Son père s’est d’ailleurs longtemps opposé à son choix le qualifiant de métier de voyous et n’offrant aucun avenir. « Aujourd’hui, il apprécie mon travail notamment quand je ramène des prix », raconte-t-il, enfin reconnu. Suite à « une triste et sombre histoire d'enfant de parents séparés » sur laquelle il ne veut pas en dire plus, Francis a dû arrêter ses études en Terminale, à la recherche de sa mère Charlotte, malade. Une étape de sa vie qui le pousse à s’enfuir au Centrafrique où il touche à tous les petits boulots pour survivre. « Il a été dans les cales des bateaux sur le fleuve Oubangui comme docker, et parfois sur la proue comme contrôleur de tickets », révèle Lebon Chansard Ziavoula, un photographe professionnel à Brazzaville.

L’homme à tignasse commence à faire des photos en 1994 pour quelques clients enthousiastes. « Beaucoup de ratés, d’images floues et finalement de photos non achetées », sourit-il de ses débuts avec un appareil Compact. En 2001, il s’offre un appareil Zénith et s’impose progressivement dans les cérémonies de mariage et d’anniversaire. Mais sa petite renommée met vite en évidence son manque de maturité en photo.

Pour palier ses insuffisances, il frappe en 2009 à la porte de Elili, un collectif de jeunes photographes professionnels du Congo. « Baudouin, l’un de mes formateurs, m’a appris à rester présent dans la photo, à faire mes propres créations plutôt que d’attendre les commandes des mariés ou d’autres fêtards », retient-il comme l’une des leçons fortes de sa formation. Désiré Kinzenguele, le coordonnateur de Elili peut aujourd’hui apprécier le produit de la maison. « Il nous fait plaisir aujourd’hui. Il rafle des prix et voyage à travers le monde, exposant ses photos ».

Monté comme en flèche, Francis Kodia expose en 2012 ses photographies à Bruxelles, puis en 2013 à Lisbonne, dans la suite de la biennale des arts de Bamoko qu’il gagne en 2011. Ce père de famille a remporté en septembre dernier le prix de la vidéo organisé à Brazzaville par les ateliers Sham et aura droit à trois mois de formation au Mali en 2015.

Le photographe profite de son passage à Paris pour immortaliser les grands monuments. Il vide vite son verre et se sauve vers la Bastille. Un autre haut lieu de l’histoire de France. Cela donnera peut-être et pourquoi pas une idée d'exposition de photos à Pointe-Noire où vit une forte communauté française.

Les sapeurs et les monuments de Brazzaville dans l'objectif de Francis!
Les sapeurs et les monuments de Brazzaville dans l'objectif de Francis!
Les sapeurs et les monuments de Brazzaville dans l'objectif de Francis!

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